TICAD9, Yokohama (20–22 août 2025) — La RDC a choisi une boussole : gouverner le secteur minier par la donnée. Sous la conduite de Judith Suminwa Tuluka et de Louis Watum Kabamba, Kinshasa a validé en marge du sommet un accord SGNC–Solafune pour intégrer l’IA et la télédétection dans la connaissance du sous-sol et le suivi opérationnel des titres. Contexte porteur : le Japon annonce 5,5 milliards USD de prêts via la BAD et un programme de 30 000 spécialistes IA formés sur trois ans.
Données géologiques fiables, titres propres : la vraie réforme
Le protocole SGNC–Solafune introduit une plateforme qui combine images satellites, données géospatiales et algorithmes d’analyse. Objectif : mieux cartographier, détecter des anomalies (changements d’occupation du sol, activités non déclarées), et rapprocher ces observations des limites cadastrales pour repérer plus vite les chevauchements ou permis dormants. L’accord prévoit aussi des transferts de compétences afin que les équipes congolaises opèrent les outils au quotidien. Le ministère des Mines y voit un levier pour accélérer l’inventaire, fiabiliser les rapports et documenter le cuivre-cobalt comme les cibles lithium encore peu décrites.
Le Cadastre minier (CAMI) a plaidé la cohérence : bases de données nettoyées, cartes à jour, guichet lisible. Sa présence à Yokohama, via le DGA Jacques Muyumba Ndubula, confirme l’alignement administration–géologie : sans titres fiables, pas d’investissement durable. Cette ligne s’inscrit dans la mise à niveau en cours des référentiels cadastraux.
Côté macro, TICAD9 a fixé la tonalité : “Co-create innovative solutions with Africa”. La Déclaration de Yokohama entérine l’appui aux capacités locales, aux infrastructures numériques et à la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Pour la RDC, cela valide une stratégie : montrer des séries de données traçables plutôt que des promesses, afin de baisser le risque pays et attirer des capitaux qui exigent conformité ESG et preuve d’origine.
Sur le terrain, que change concrètement la télédétection couplée à l’IA ?
- Inventaire : séries temporelles pour suivre l’avancement réel des travaux et prioriser les zones sous-documentées.
- Contrôle : rapprochement automatique entre activité observée et obligations des titres (délais, travaux minimums), utile lors des renouvellements.
- Transparence : un référentiel géospatial partagé fluidifie l’audit, limite les litiges communautaires et réduit les coûts de transaction pour les opérateurs.
Ces usages, déjà éprouvés ailleurs, gagnent en efficacité quand l’État publie des tableaux de bord à fréquence fixe (par exemple mensuelle) sur les titres, les travaux déclarés et les écarts constatés.
Le calendrier aide. Avec la poussée mondiale des métaux de transition, la demande de traçabilité monte. Les annonces de Yokohama — prêts concessionnels et formation IA — offrent une fenêtre pour financer l’infrastructure numérique, standardiser les formats de données et sécuriser l’accès aux images. À court terme, les priorités sont claires :
- Gouvernance des données (qualité, archivage, métadonnées, rôles),
- Capacité humaine (cursus certifiants, maintenance locale, passerelles SGNC–CAMI–universités),
- Publication proactive (cartes, API ouvertes, historique des décisions).
Signal aux investisseurs : le pays n’entend plus piloter “à l’estime”, mais par la preuve. Des cartes précises, des règles lisibles et des contrôles objectivés pèsent souvent plus que des incitations fiscales. À mesure que la plateforme SGNC–Solafune se déploie, c’est la crédibilité du cadastre, du reporting minier et, au bout de la chaîne, le coût du capital qui peuvent s’améliorer. La promesse de TICAD9 côté RDC se résume ainsi : transformer la richesse du sous-sol en actifs mesurables, visibles et bancables.
— Peter MOYI

