La République démocratique du Congo prépare une émission d’euro-obligations estimée à 1,5 milliard USD. L’opération, qui pourrait intervenir d’ici juin 2026, représente une première pour Kinshasa sur le marché international de la dette. L’objectif affiché est de financer des projets structurants, mais l’expérience récente du pays interroge sur la destination réelle de ces fonds.

La République démocratique du Congo prépare une émission d’euro-obligations estimée à 1,5 milliard USD. L’opération, qui pourrait intervenir d’ici juin 2026, représente une première pour Kinshasa sur le marché international de la dette. L’objectif affiché est de financer des projets structurants, mais l’expérience récente du pays interroge sur la destination réelle de ces fonds. Entre 2023 et juillet 2025, plus de 3,7 milliards USD ont déjà été levés via les Bons et Obligations du Trésor : 742 millions en 2023, 1,6 milliard en 2024 et 1,4 milliard sur les sept premiers mois de 2025. Cette manne n’a pas dynamisé l’investissement productif ; elle a surtout couvert les déficits liés aux dépenses courantes et aux rémunérations publiques.
Le recours à l’eurobond est légitime pour diversifier les sources de financement, mais les investisseurs internationaux jugeront la RDC sur plusieurs critères.
Sur le plan technique, l’émission devra être préparée avec rigueur. Les standards du marché exigent un prospectus détaillé, une communication transparente et une stratégie claire de remboursement. Généralement, il faut 12 à 18 mois pour structurer une telle opération avec l’appui d’arrangeurs financiers, de cabinets juridiques et des agences de notation comme Fitch, S&P ou Moody’s. La RDC prévoit moins d’un an, un calendrier ambitieux qui suppose une coordination efficace entre la Banque centrale, la Direction générale de la dette publique, l’ANAPI et l’Inspection générale des finances.
L’exemple du Ghana, aujourd’hui en défaut de paiement après des émissions successives, illustre les risques d’une approche mal calibrée. À l’inverse, la Côte d’Ivoire a montré qu’une discipline budgétaire et une communication claire pouvaient asseoir la confiance des marchés.
Pour Kinshasa, la réussite de ce premier eurobond dépendra moins du montant levé que de la capacité du pays à instaurer un climat de confiance durable. Sans transparence sur l’utilisation des fonds et sans réformes structurelles solides, les investisseurs resteront prudents et le coût de l’emprunt pourrait s’envoler.
— Peter MOYI





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