À huit jours de l’arrivée de la mission du FMI à Kinshasa (4–10 septembre 2025), Doudou Fwamba a remis la Troïka politique au travail. Objectif : verrouiller les paramètres de la 2e revue des programmes FEC et FRD et afficher une trajectoire macro déjà mieux orientée que l’an dernier. Le calendrier est serré, mais les repères existent : inflation en repli, franc congolais plus ferme et réserves au-dessus de leur niveau de mi-2024.
Ce que la mission va mesurer
La feuille de route discutée autour du ministre des Finances s’articule sur trois blocs : la tenue des agrégats, la discipline budgétaire et le suivi des réformes inscrites dans les engagements avec le FMI. D’après l’agenda transmis aux participants, l’ouverture se fera le 4 septembre avec le ministre des Finances et le Vice-Premier ministre du Budget, Adolphe Muzito, avant des sessions techniques et une restitution à la Première ministre Judith Suminwa le 10 septembre. La Vice-ministre des Finances, Gracia Yamba Kazadi, le Premier Vice-gouverneur de la BCC et des représentants de la Présidence et de la Primature font partie du dispositif.
Côté chiffres, la Banque centrale du Congo signale une désinflation nette par rapport à 2024 : 5,37 % en cumul annuel à la 3e semaine d’août (contre 9,05 % un an plus tôt) et 7,76 % en glissement annuel. Sur le change, le taux indicatif s’affichait à 2 849,73 CDF pour 1 USD au 22 août (2 878,15 CDF au parallèle), après une vente de 50 millions USD par la BCC le 18 août. Les réserves internationales se situaient à 7,52 milliards USD (2,87 mois d’importations) au 20 août. Ces repères seront au cœur des échanges, car ils conditionnent l’atterrissage de fin d’année.
Sur le volet programme, rappelons que le Conseil d’administration du FMI a approuvé le 15 janvier 2025 un accord FEC de 1,729 milliard USD et un FRD de 1,038 milliard USD. La première revue, bouclée le 2 juillet 2025, a permis un décaissement immédiat de 190,4 millions DTS (environ 261,9 millions USD) et a confirmé la poursuite de la consolidation des réserves. La prochaine revue devra valider les progrès sur les mesures structurelles et la tenue des comptes publics malgré un contexte sécuritaire coûteux.
Au-delà des tableaux, un point fera l’objet d’une attention particulière : la coordination budgétaire-trésorerie. Les dernières notes de la BCC montrent un déficit de 413,6 milliards CDF en juillet, financé par émissions de titres et appuis budgétaires, avec des recettes au-dessus des assignations (102 %) et des dépenses exécutées à 99,6 %. L’encours des bons et obligations atteignait 5 741,5 milliards CDF au 21 août, tandis que le Trésor a levé 77 millions USD en obligations 18 mois au taux de 9 % lors de l’adjudication du 12 août. Ces éléments diront si la trésorerie peut absorber les à-coups sans pression excessive sur la liquidité bancaire.
Sur le change, la légère appréciation observée en août tient aussi aux interventions ciblées et à une offre de devises plus régulière portée par les ventes minières. Si le franc reste proche de ses niveaux de fin 2024, c’est un signal utile pour l’ancrage des anticipations de prix que les experts du FMI ne manqueront pas de relever. Question clé : ce cap est-il tenable à l’approche des fins de trimestre, souvent plus tendues en besoins de trésorerie ? Les réponses se joueront dans l’alignement entre la BCC (stérilisation, adjudications) et le Budget (calage du plan de trésorerie).
Côté croissance, le cadrage officiel reste autour de 5 % en 2025, après environ 6,5 % en 2024, avec une contribution dominante de l’extraction et une reprise modérée des activités hors mines. C’est l’arrière-plan sur lequel s’apprécient les réformes : transparence des finances publiques, facturation normalisée, élargissement de l’assiette, pilotage de la dette intérieure et souveraine. Le FMI parle d’une économie résiliente, mais insiste sur la rigueur dans l’exécution budgétaire et la progression des réformes, notamment celles du FRD (climat, gestion des risques).
Un dernier mot sur la méthode. La Troïka est surtout un outil de synchronisation : mettre la BCC, le Budget et les Finances dans la même pièce avant l’arrivée des équipes du FMI réduit les angles morts. Le message envoyé aux partenaires est simple : la chaîne de décision fonctionne et les chiffres circulent. « Les indicateurs sont au vert et la RDC respectera ses engagements, malgré le contexte sécuritaire », a assuré le coordonnateur de la CTR, Félicien Mulenda, à l’issue de la réunion. Les prochaines 72 heures serviront à verrouiller les livrables techniques.
— M. KOSI

