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Pâturages et points d’eau menacés : l’État lance un plan d’action contre l’extraction illégale à Muhila

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Extraction d’or sans titre à Ntoya/Dibingwa, au cœur du ranch de Muhila (territoire de Moba, Tanganyika), et tentative de spoliation d’un bien public à Lubumbashi : le Conseil des ministres du 22 août 2025 a été saisi. Le ministre de la Pêche et Élevage alerte sur des travaux clandestins qui grignotent les pâtures et menacent les points d’eau alors que la relance agropastorale est sur la table. Le Chef de l’État exige un rapport circonstancié sous quinze jours, en coordination avec la Justice.

Ce que prévoient les textes… et ce qu’il faut faire tout de suite

Le dossier Ntoya/Dibingwa est technique. Un ranch n’est pas une friche : c’est un espace productif, organisé, où l’on gère la charge pastorale, l’accès à l’eau, la santé animale et la restauration des pâturages. Introduire des fouilles d’orpaillage illégal dans cet écosystème, c’est creuser des fosses, remobiliser des sédiments, troubler les sources et durcir les sols. Le résultat arrive vite : baisse de productivité, stress hydrique pour les troupeaux, coûts vétérinaires en hausse, remise en état plus chère que l’économie tirée de l’activité clandestine.

Sur le plan réglementaire, le cadre est clair : sans titre minier valable, sans Étude d’impact et Plan de gestion approuvés, on ne touche ni aux sols ni aux eaux. Le contrôle des titres relève des autorités minières ; la police environnementale et les services techniques doivent constater, poser des scellés, saisir l’équipement si nécessaire. La priorité opérationnelle est double :

  • Sécuriser l’hydrologie (captages, mares, abreuvoirs) par un périmètre de protection et un balisage visibles, avec prélèvements et géoréférencement des dégâts pour la suite judiciaire ;
  • Geler toute activité non autorisée et imposer un plan de remise en état (comblement des excavations, re-ensemencement des prairies, curage des canaux), aux frais des contrevenants.

Le ministre rappelle que le Service national du développement de l’élevage (SNDE) pilote plusieurs unités stratégiques : Muhila (Tanganyika), Mitwaba (Haut-Katanga), Kayembe-Mukulu (Lualaba) et Katenga (Kwilu). L’atteinte à l’une d’elles ne se limite pas à un incident local : elle réduit l’offre domestique de viande et de lait, alimente des tensions de prix dans les marchés urbains et complique la trajectoire de substitution aux importations. À ceux qui s’interrogent : l’élevage nourrit tous les jours ; une mine clandestine, elle, assèche un actif productif et pousse la facture alimentaire à la hausse.

Le second volet concerne Lubumbashi : la concession de la Direction provinciale du SNDE, n° 1091, av. Nguz-a-Karl-i-Bond, serait visée par une mainmise aidée par des complicités au Tribunal de commerce. Un bien public n’est pas une variable d’ajustement : la propriété et l’affectation d’un actif étatique sont encadrées. L’action rapide s’impose : opposition administrative, référé pour faire cesser tout trouble, audit des chaînes d’actes, et saisine du parquet. L’exécutif a demandé un rapport détaillé, cosigné avec la Justice, pour verrouiller les suites et empêcher tout précédent.

Sur le terrain, l’architecture des responsabilités doit être lisible :

  • Pêche & Élevage : intégrité productive des ranchs, gestion des pâtures et de l’eau ;
  • Mines : vérification des titres, fermeture des sites irréguliers ;
  • Environnement : constats, chaîne de preuves, plans de restauration ;
  • Justice : poursuites, mesures conservatoires, protection du patrimoine public.

La fenêtre des 15 jours impose un rythme : constater, documenter, sanctionner. Trois livrables clés sont attendus pour éviter l’entre-deux qui fait prospérer l’illégalité :

  1. un inventaire géoréférencé des excavations et des atteintes aux points d’eau ;
  2. un plan de remise en état chiffré avec responsabilités et échéances ;
  3. un état des titres (miniers et fonciers) pour trancher vite et publiquement.

Côté communication, un bulletin hebdomadaire – court, factuel – peut démontrer que le gel est effectif, que les analyses d’eau progressent et que les procédures suivent leur cours. Dans les litiges fonciers, la transparence ferme la porte aux arrangements discrets. Dans les sites d’élevage, elle décourage le retour des pelles nocturnes.

Un mot, enfin, sur la cohérence économique : relancer Muhila sans protéger ses pâtures et ses abreuvoirs, c’est bâtir sur du sable. Chaque journée de fouille clandestine creuse un déficit d’offre et renchérit la remise en état. À l’inverse, une action rapide, visible et documentée rétablit la confiance des équipes techniques – et des marchés – sur la capacité de l’État à sécuriser ses actifs productifs.

« Le bétail ne boit pas des promesses », glisse un technicien de terrain. En clair : stopper les travaux illégaux à Ntoya/Dibingwa, protéger l’adresse publique à Lubumbashi, publier les mesures prises dans le délai annoncé. C’est la seule trajectoire qui transforme une alerte en politique effective.

Peter MOYI

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