Les conférences de performance préparatoires au projet de loi de finances 2027 ont examiné 171 programmes et 1 612 indicateurs. Le rapport de synthèse révèle toutefois que plus de 60 % des crédits sont encore regroupés dans le programme « Administration générale », tandis que seulement 0,5 % des indicateurs évaluent l’efficience de la gestion publique.
Le ministère du Budget a clôturé, mercredi 22 juillet 2026, les conférences consacrées à l’examen des Projets annuels de performance devant accompagner le projet de loi de finances 2027. Le vice-ministre Élysé Bokumwana a conduit la cérémonie au nom du vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito. Les travaux ont réuni 53 administrations sur les 57 attendues. Les délégations ministérielles, placées sous la conduite des secrétaires généraux ou de leurs représentants, ont confronté leurs stratégies, leurs objectifs, leurs besoins en crédits et leurs effectifs aux exigences de la budgétisation par programme.
Au total, les experts ont examiné 171 programmes, 624 actions, 231 objectifs stratégiques, 700 objectifs opérationnels et 1 612 indicateurs de performance. Les projets validés doivent intégrer la documentation qui accompagnera le budget 2027 et alimenter les conférences budgétaires attendues à partir du lundi 27 juillet.
Des crédits encore orientés vers le fonctionnement administratif
Le principal constat porte sur la répartition des ressources. Plus de 60 % des crédits examinés restent concentrés dans le programme « Administration générale ». Cette catégorie couvre habituellement les fonctions de pilotage, de coordination et de fonctionnement des ministères. Une telle concentration réduit mécaniquement la part visible des crédits rattachés aux programmes directement liés aux politiques publiques. Dans un système fondé sur la performance, les dépenses doivent pouvoir être reliées à des objectifs, à des résultats attendus et à des indicateurs permettant d’évaluer les services effectivement fournis à la population.
Le rapport présenté par Alain Lubamba, directeur général de la Direction générale de développement et de suivi des performances, relève également des stratégies de programme encore insuffisamment développées et des tableaux budgétaires incomplets. Certaines administrations doivent donc encore améliorer la cohérence entre leurs missions, les actions proposées, les ressources demandées et les résultats qu’elles s’engagent à atteindre.
L’analyse des 1 612 indicateurs met en évidence une autre faiblesse. Environ 54,5 % mesurent encore les moyens mobilisés, les activités réalisées ou les produits administratifs. Ces indicateurs peuvent, par exemple, comptabiliser des réunions organisées, des agents formés ou des documents produits, sans établir directement l’effet obtenu sur les citoyens.
À l’inverse, 35 % des indicateurs portent sur l’efficacité socio-économique des politiques publiques et 10 % sur la qualité des services rendus aux usagers. Seuls 0,5 % permettent d’apprécier l’efficience, c’est-à-dire la relation entre les ressources utilisées et les résultats obtenus.
L’échéance du 1er janvier 2028 se rapproche
Les conférences ont également constaté un renouvellement important du cadre de performance. Environ 71 % des objectifs et 67 % des indicateurs sont nouveaux. Cette évolution résulte notamment de l’introduction d’objectifs et d’indicateurs au niveau des actions, mais elle implique aussi un besoin de stabilisation pour permettre leur suivi d’un exercice à l’autre.
Les participants ont recommandé de renforcer les capacités des équipes techniques, d’améliorer la formulation des indicateurs et de privilégier ceux qui mesurent les résultats, la qualité des services publics et l’utilisation efficiente des ressources. Ils demandent aussi une meilleure diffusion des textes sur le budget-programme et une collaboration plus étroite entre les cabinets ministériels, les secrétariats généraux et les services sous tutelle.
Un guide doit par ailleurs être élaboré pour encadrer la sélection des opérateurs de l’État, conformément aux règles de gouvernance budgétaire. Cette recommandation vise à mieux définir les entités auxquelles des fonds publics peuvent être confiés pour exécuter certaines actions.
L’édition 2026 constitue l’avant-dernière conférence de performance avant le basculement annoncé vers le budget-programme le 1er janvier 2028. Cette réforme, prévue par la législation congolaise sur les finances publiques, avait déjà fait l’objet de reports accordés par le Parlement en 2018 et en 2023.
Le rapport final fournira une base technique aux arbitrages du budget 2027. La qualité du futur projet de loi de finances dépendra cependant de la capacité des ministères à réduire le poids des dépenses générales, à compléter leurs tableaux et à remplacer progressivement les indicateurs d’activité par des mesures vérifiables de performance.
À moins de dix-huit mois de l’échéance de 2028, la RDC dispose désormais d’un diagnostic précis. Le défi consiste à faire du budget un outil qui ne décrit plus seulement les sommes dépensées, mais les résultats obtenus avec les ressources publiques.
— Peter MOYI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.