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Capitaux émiratis en RDC : ports, énergie et minerais entre accélération et vigilance

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Les Émirats arabes unis ont renforcé leur empreinte en Afrique, avec des échanges passés de 28 milliards USD en 2016 à 67 milliards USD en 2022. En RDC, l’offensive se concentre sur trois fronts : le port en eau profonde de Banana, de nouveaux projets énergétiques (solaire et hydro) et des positions clés dans l’étain, le cuivre et le cobalt. Les retombées attendues sont réelles, tout comme les risques liés à la transparence, à l’environnement et à la dépendance contractuelle.

À Banana, l’État congolais a confié à DP World une concession de 30 ans pour construire et exploiter un port en eau profonde destiné à réduire la dépendance vis-à-vis des plateformes voisines. La phase 1 prévoit un quai de 600 mètres, un tirant d’eau de 18 mètres et une capacité de 450 000 TEU sur 30 hectares. L’investissement est porté par DP World et British International Investment, avec un ticket initial de 35 millions USD de la part de l’institution britannique. Les promoteurs promettent une baisse des coûts logistiques, des gains de délais et des milliers d’emplois. Des critiques existent : manque de transparence lors des négociations initiales, inquiétudes sur l’érosion côtière et l’impact sur les mangroves et la faune marine. Les débats publics restent vifs, signe qu’un actif portuaire de cette taille exige un haut niveau d’information et de contrôle indépendants.

Côté énergie, la RDC additionne les annonces pour élargir l’accès à l’électricité et sécuriser l’approvisionnement des sites miniers. En mars 2022, AMEA Power a signé avec la SNEL un protocole d’accord pour une centrale solaire de 100 MWc, première incursion de l’entreprise émiratie dans le pays. Dans le Haut-Katanga, Kipay Energy et NG9 Holding portent une centrale hydroélectrique de 46 MW (insérée dans un programme de 166 MW) destinée à alimenter mines et villages. Le maillon aval avance aussi : Buenassa et NG9 Holding annoncent une raffinerie intégrée cuivre-cobalt capable de produire 30 000 tonnes de cathodes de cuivre et 5 000 tonnes de sulfate de cobalt par an. La logique est claire : capter plus de valeur localement, stabiliser l’énergie des sites et réduire la part d’exportations de minerais bruts.

Dans les mines, les capitaux émiratis se positionnent sur des actifs stratégiques. International Resources Holding, filiale d’IHC, a acquis 56 % d’Alphamin Resources pour 367 millions USD, prenant la main sur Bisie (Nord-Kivu), l’un des plus grands gisements d’étain du continent, proche de 6 % de l’offre mondiale. Au-delà de l’étain, le tandem Buenassa–NG9 cible le raffinage cuivre-cobalt en RDC, maillon décisif pour les chaînes batteries. Sur l’or et les « 3TG », Primera Group a promis 1,9 milliard USD à la SAKIMA, avec des clauses d’exclusivité d’exportation sur une longue période. Parallèlement, des enquêtes rappellent l’ampleur des flux aurifères hors circuits officiels vers Dubaï après transit régional, avec des pertes fiscales substantielles pour le Trésor congolais. La formalisation du commerce et le traçage des volumes restent des priorités.

Transparence, retombées locales et environnement : conditions d’un partenariat utile

Le pays peut tirer profit de ces investissements : un port moderne connecté aux corridors régionaux, de nouvelles capacités de production électrique, des unités de raffinage qui épaississent la chaîne de valeur, des emplois directs et indirects. La réussite se mesure aux coûts logistiques réellement abaissés, à la fiabilité énergétique, à la montée en compétences de la main-d’œuvre et à l’augmentation des recettes publiques.

La vigilance s’impose sur plusieurs points. Contrats et concessions doivent être publiés intégralement, assortis de clauses de contenu local, de mécanismes de partage de revenus et d’audits périodiques. Les exclusivités d’exportation et les droits de commercialisation sur longue durée doivent rester compatibles avec la concurrence et l’intérêt général. Les évaluations d’impact environnemental doivent intégrer l’érosion côtière, la protection des mangroves et la biodiversité, avec des plans de mitigation financés et contrôlés. Sur l’or artisanal, la priorité va à la traçabilité, à l’agrégation formelle des coopératives et à des canaux d’exportation conformes, capables d’assécher les fuites vers l’informel.

Le signal adressé aux partenaires est simple : la RDC accueille le capital patient et l’expertise opérationnelle, à condition que chaque projet démontre des retombées locales mesurables — énergie livrée, volumes raffinés sur place, emplois qualifiés, transferts de savoir-faire, fiscalité effectivement recouvrée. À ce prix, les financements émiratis peuvent devenir un accélérateur d’intégration économique plutôt qu’un nouveau cycle d’extraction à faible valeur ajoutée nationale.

— M. KOSI

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