Le franc congolais reste pratiquement immobile face au dollar. Au 8 septembre, la Banque centrale du Congo affiche un cours moyen de 2 265,71 CDF pour un dollar et de 2 630,63 CDF pour un euro, tandis que l’inflation en glissement annuel remonte légèrement de 3,360 % à 3,385 %. Cette stabilité monétaire intervient cependant au moment où le Brent évolue autour de 99 USD le baril. Pour la RDC, la prochaine pression sur les prix pourrait donc moins venir du taux de change que du coût en dollars du carburant, du fret et des marchandises importées.
Le tableau de bord de la Banque centrale confirme la faible volatilité du franc. Le dollar ressort à 2 265,71 CDF, avec une variation de seulement 0,06 %, tandis que l’euro s’établit à 2 630,63 CDF. Dans le même temps, l’inflation annuelle atteint 3,385 %, contre 3,360 % la semaine précédente, soit une hausse limitée de 0,025 point de pourcentage. L’inflation hebdomadaire nationale reste elle aussi contenue à 0,165 %, après 0,175 %, tandis que l’indice général des prix avait progressé de 0,769 % en août. (Banque Centrale du Congo)
Cette combinaison demeure favorable à la stabilité intérieure. La BCC maintient son taux directeur à 12,50 %, après l’avoir réduit de 13,50 % en juillet. L’écart entre le taux directeur et l’inflation observée sur douze mois dépasse encore 9 points de pourcentage. Ce rapprochement ne constitue pas un taux d’intérêt réel au sens strict, qui devrait intégrer l’inflation anticipée, mais il montre que les conditions monétaires restent relativement serrées alors même que la hausse des prix s’est considérablement modérée. Lors de sa réunion de juillet, la Banque centrale avait justement estimé que la stabilité du change et des prix lui permettait d’assouplir son dispositif monétaire.
Le risque se déplace du dollar vers le pétrole
Le problème est que la stabilité du franc ne neutralise pas une hausse du prix international des biens importés. Le 8 septembre, le Brent a atteint 99,07 USD le baril en séance, après les nouvelles tensions au Moyen-Orient et les attaques contre des infrastructures énergétiques saoudiennes. Le marché avait déjà touché 99,46 USD et, le 9 septembre, le Brent a finalement franchi les 100 USD.
Pour l’économie congolaise, cette évolution est sensible parce que le pétrole agit par plusieurs canaux. Une hausse durable des cours peut renchérir les produits pétroliers importés, mais également le transport international, la logistique intérieure, l’électricité produite au diesel dans certaines zones et les coûts d’exploitation des entreprises. Ces dépenses peuvent ensuite être répercutées sur le prix des aliments, matériaux de construction et autres marchandises. La BCC avait déjà identifié à fin juin la hausse des prix des carburants et des coûts logistiques des produits importés parmi les facteurs ayant poussé l’inflation cumulée à 4,8 %.
La situation actuelle diffère donc d’un choc classique provoqué par une dépréciation du franc. Si le dollar reste autour de 2 266 CDF mais que le baril passe durablement de 80 à 100 USD, un importateur doit toujours mobiliser davantage de dollars pour acheter la même quantité de carburant. La stabilité du change évite qu’une hausse du prix mondial soit amplifiée par une dépréciation supplémentaire de la monnaie congolaise, mais elle ne supprime pas le choc initial.
Cette distinction devient importante pour la politique monétaire. La BCC peut agir sur la liquidité, les taux d’intérêt et les anticipations de change, mais elle dispose de beaucoup moins de leviers face à un choc pétrolier international. Une transmission vers les prix intérieurs dépendra aussi des mécanismes de fixation des prix des carburants et du calendrier d’éventuels ajustements. Le dernier niveau publié par la Banque centrale pour l’essence dans la zone Ouest est de 2 640 CDF le litre, applicable depuis le 17 avril.
Avec une inflation annuelle encore limitée à 3,385 %, la RDC conserve pour l’instant une marge appréciable par rapport aux fortes tensions inflationnistes des années précédentes. Mais le signal à surveiller change. Après plusieurs mois durant lesquels l’attention était concentrée sur la stabilisation du franc, le pétrole et les coûts d’importation pourraient devenir les principaux vecteurs de pression sur les prix si le Brent reste durablement proche ou au-dessus de 100 USD.
Peter MOYI









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