Corruption et développement : l’étude qui met le FMI et la RDC face à leurs responsabilités

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La République Démocratique du Congo bénéficie depuis plusieurs années de l’appui financier du Fonds Monétaire International (FMI). Pourtant, ce partenariat fait débat. Le député national Matata Ponyo Mapon, associé au professeur Jean Paul Tsasa dans une étude récente, remet en question l’efficacité de l’action du FMI en RDC, accusant l’institution de soutenir indirectement le sous-développement du pays.

Le document, publié dans la revue scientifique Congo Challenge, couvre la période de 2019 à 2024 et examine les lacunes de l’intervention du FMI dans l’économie congolaise. Selon les auteurs, bien que la RDC ne respecte pas certains critères d’éligibilité, le FMI continue de débloquer des fonds substantiels. Cette situation pose des questions sur le rôle du FMI en matière de suivi et de transparence des flux financiers alloués.

Matata Ponyo, évoquant des métaphores percutantes, qualifie le FMI de « médecin complaisant » : « Le FMI observe le patient sans vraiment se soucier de son état. Il valide les revues et procède aux décaissements alors même que les critères sont négligés. Lorsque j’occupais le poste de ministre des Finances en 2010, un contrat de la Gécamines avait provoqué le refus de la revue par le FMI pour des raisons de transparence. Aujourd’hui, face à des irrégularités plus importantes, les décaissements continuent, alimentant ainsi un système où des milliards de dollars échappent aux objectifs de développement pour finir détournés », a-t-il déploré.

Les auteurs ne manquent pas de souligner la corrélation entre le niveau de corruption dans le pays et l’inefficacité des financements internationaux. Selon l’étude, le maintien de la corruption dans les institutions publiques étouffe toute possibilité de développement significatif. En effet, ils estiment qu’une réduction de la corruption pourrait ouvrir la voie à un développement économique tangible et durable.

Le FMI, complice silencieux ?

Matata Ponyo rappelle qu’un appel avait été lancé par trois figures influentes du pays demandant un audit du FMI pour contrôler les flux financiers et vérifier l’existence de détournements. Cette demande, restée sans réponse, a alimenté les soupçons d’une complicité tacite du FMI. « Le peuple congolais sait que le FMI ne fait pas que fermer les yeux ; il valide, consciemment ou non, des pratiques financières qui desservent le pays », ajoute-t-il dans l’étude.

À la fin de leur analyse, Matata Ponyo et Jean Paul Tsasa préconisent un renforcement des mécanismes de transparence et de responsabilité, non seulement de la part du FMI, mais aussi des autorités congolaises. Ils soulignent que le détournement de fonds publics et la corruption endémique fragilisent les possibilités d’atteindre des résultats concrets malgré les apports financiers importants. Selon eux, seule une gestion rigoureuse et transparente des ressources pourrait transformer les engagements financiers en progrès réel pour la population congolaise.

Signé M. KOSI

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