Selon des documents cités par Semafor, la banque nigériane United Bank for Africa (UBA) se préparerait à soutenir Buenassa à hauteur de 50 millions USD sous forme de fonds de roulement, dans le cadre du projet de rachat de Chemaf. Le même dossier présente Rawbank comme disposée à examiner un financement pouvant aller jusqu’à 300 millions USD, lié au projet de raffinerie cuivre-cobalt que Buenassa souhaite développer dans le Lualaba, en République démocratique du Congo (RDC).
Chemaf occupe une place singulière dans l’industrie minière congolaise. Basée à Dubaï et soutenue par Trafigura, la société met en avant Mutoshi, un actif tourné vers le cuivre et le cobalt, deux métaux très demandés dans les filières industrielles liées à l’électrification et aux batteries. Dans ce contexte, l’enjeu ne se limite pas à une opération de cession : il renvoie aussi au positionnement de la RDC dans les chaînes de valeur, à la capacité de mobilisation des capitaux et au rôle des autorités dans l’encadrement des transferts d’actifs stratégiques.
D’après Semafor, l’appui envisagé côté UBA correspondrait à du fonds de roulement, c’est-à-dire des ressources destinées à couvrir des dépenses courantes et à sécuriser des étapes opérationnelles avant l’entrée de revenus plus réguliers. Dans une logique d’acquisition, ce type de soutien peut faciliter l’exécution à court terme, en donnant de la marge de manœuvre sur des besoins immédiats, notamment au démarrage d’un projet ou dans une phase de transition.
Toujours selon Semafor, Rawbank apparaîtrait sur un volet de financement plus large, jusqu’à 300 millions USD, en lien avec la raffinerie cuivre-cobalt projetée par Buenassa dans le Lualaba. La note citée serait datée du 14 novembre 2025 et le mandat y est décrit comme non exclusif, ce qui implique, en pratique, que d’autres partenaires financiers peuvent être sollicités pour le même projet.
Le même schéma mentionne par ailleurs 700 millions USD pour une première phase. Ce chiffre, présenté comme un ordre de grandeur, rappelle le niveau d’investissement attendu dans l’aval industriel. Une raffinerie suppose des équipements lourds, des garanties d’approvisionnement, un montage financier robuste et un calendrier crédible. Tant que l’installation n’est pas opérationnelle et n’a pas de flux commerciaux stabilisés, le risque reste élevé pour les prêteurs.
L’opération Chemaf est suivie de près, notamment après l’épisode d’une vente annoncée à un acteur chinois. Chemaf indique que la transaction annoncée en 2024 avec Norin Mining n’a pas obtenu les approbations nécessaires du gouvernement congolais et qu’elle a expiré le 22 mars 2025. Au-delà de la seule question du repreneur, cette séquence met en lumière le poids des autorisations publiques et les arbitrages autour de la gouvernance des actifs miniers.
Financement, arbitrages publics et stratégie de transformation locale
Au cœur du dossier, la question du financement dépasse la simple capacité à “payer” une acquisition. Elle renvoie à la solidité d’un projet industriel, à la réduction du risque pour les banques et à la lisibilité du cadre d’exécution : accès à la ressource, stabilité des autorisations, organisation des partenariats et visibilité sur les débouchés.
Buenassa met en avant une stratégie axée sur la transformation locale, avec un projet de raffinerie cuivre-cobalt dans le Lualaba. L’objectif affiché est de traiter davantage sur place afin de capter une part plus importante de la valeur. Sur le plan financier, cette orientation est généralement mieux reçue lorsqu’elle s’appuie sur des éléments vérifiables : volumes sécurisés, contrats commerciaux clairs, structure de financement lisible, garanties et répartition précise des risques.
Le contexte international pèse aussi sur la lecture du dossier. Reuters rapporte que Kinshasa a transmis à Washington une liste restreinte d’actifs miniers publics ouverts à l’intérêt d’investisseurs américains, dans le cadre d’un partenariat minerais États-Unis–RDC suivi par un comité de pilotage conjoint. La liste citée inclut des projets de manganèse, cuivre-cobalt, or et lithium. Dans ce type de démarche, l’objectif est de diversifier les partenaires et les débouchés, alors que la Chine occupe déjà une place importante dans plusieurs segments de la chaîne minière régionale.
Dans ce climat, l’issue d’une transaction dépend autant du montage financier que du processus d’approbation. Reuters a également détaillé les tensions autour de la vente envisagée à un acheteur chinois, avec des questions liées aux autorisations et à la gouvernance. Pour les investisseurs, comme pour les prêteurs, la capacité à sécuriser les validations nécessaires demeure un facteur déterminant, au même titre que la compétitivité d’une offre.
Selon Semafor, Gécamines a proposé une piste d’acquisition de Chemaf et la recherche d’un nouvel investisseur, avec l’idée de commercialiser la production vers des acheteurs américains. L’implication — même indirecte — de l’entreprise publique peut peser sur le dossier, dans la mesure où elle participe à l’équilibre institutionnel du secteur et peut influer sur la lisibilité des étapes à franchir, notamment sur le plan des autorisations.
Le directeur général de Buenassa, Eddy Kioni, a déclaré à Semafor que son entreprise restait ouverte à un partenariat avec Gécamines et des partenaires américains, avec l’objectif d’orienter la production « principalement vers les États-Unis ». Cette déclaration relève d’un positionnement stratégique et ne constitue pas, en soi, un engagement contractuel. Elle illustre toutefois un axe recherché par plusieurs acteurs : élargir les circuits de vente et réduire la dépendance à un nombre limité d’acheteurs, dans un marché où la demande industrielle est soutenue, mais où la compétition s’intensifie.
À ce stade, les signaux publics traduisent une certaine prudence. Semafor indique que le bureau d’UBA en RDC a refusé de commenter, et que Rawbank n’a pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires. Dans les opérations de financement minier, ce type de réserve est fréquent : tant que les documents ne sont pas finalisés — lettres d’engagement, structure de la dette, garanties, calendrier d’approbations — les banques évitent généralement de s’exprimer.
Pour le marché, les prochaines étapes seront donc scrutées à travers des indicateurs concrets : confirmation des arrangements financiers, clarification du rôle des partenaires, visibilité sur les autorisations et capacité à sécuriser des volumes suffisants pour alimenter une éventuelle raffinerie. Dans un secteur où les délais administratifs, le risque d’exécution et la volatilité des conditions de marché peuvent modifier une trajectoire, la crédibilité d’un projet se mesure d’abord à la solidité de ses engagements et à la cohérence de son calendrier.

