Le 22 avril 2025, le taux indicatif de la Banque Centrale du Congo (BCC) affiche une stabilité du franc congolais (CDF) face au dollar américain, avec un taux de 2 861,1849 CDF pour 1 USD. Cependant, cette apparente stabilité masque une dépréciation continue du CDF par rapport à d’autres devises majeures. L’euro atteint 3 298,7729 CDF, le franc suisse 3 539,1966 CDF et la livre sterling 3 831,5737 CDF. Cette situation reflète une pression persistante sur la monnaie nationale, notamment en raison de la dépendance de l’économie congolaise aux importations libellées en devises européennes.
Inflation : une progression lente mais constante
Au 19 avril 2025, les indicateurs d’inflation restent préoccupants. L’inflation hebdomadaire s’établit à 0,127 %, le cumul annuel à 2,815 %, le glissement annuel à 10,180 % et le taux annualisé à 9,443 %. Ces chiffres traduisent un pouvoir d’achat toujours sous pression, en particulier pour les biens alimentaires, les transports et les services de base. La légère amélioration du taux annualisé ne suffit pas à inverser la tendance. L’inflation importée, due à la faiblesse du CDF face aux devises européennes, accentue la hausse des prix des produits importés.
Politique monétaire : stabilité des taux mais croissance du risque de contraction
La BCC maintient une politique rigoureuse, en ligne avec sa stratégie de stabilisation monétaire. Le taux directeur reste inchangé à 25 % depuis août 2023. Les facilités de prêt à court terme et le taux interbancaire sont respectivement de 26 % et 7 %. Les Bons BCC affichent des rendements élevés : 24,00 % pour 7 jours, 25,00 % pour 28 jours et 25,00 % pour 84 jours. Cette politique vise à contenir la masse monétaire et à rassurer les investisseurs, mais elle crée une tension sur le crédit. Les banques préfèrent placer leur trésorerie auprès de la BCC, les ménages et PME ont un accès limité au financement, et les investissements privés restent faibles, étouffés par le coût élevé du crédit.
La stabilité du taux de change face au dollar ne doit pas masquer une dépendance accrue aux marchés extérieurs, notamment européens, une inflation installée autour de 10 %, qui plombe le budget des ménages, et une politique monétaire qui bride la relance, faute d’espace budgétaire. Les projections pour les prochaines semaines dépendront de l’évolution des cours mondiaux du cuivre, cobalt et pétrole, des décisions budgétaires liées aux dépenses publiques et sociales, et d’une éventuelle reconfiguration des taux si l’inflation ne reflue pas davantage.
Pour sortir de cette zone grise, plusieurs pistes peuvent être envisagées : assouplir progressivement les taux, dès que l’inflation descendra sous la barre des 9 %, afin de relancer le crédit ; renforcer le ciblage de l’inflation par secteur, notamment en surveillant les filières sensibles comme les carburants, le transport et les vivres ; soutenir la production locale, pour limiter l’impact de la dépréciation vis-à-vis de l’euro et du franc suisse ; mieux encadrer les importations et réorienter les achats publics vers les biens produits localement.
— M. MATUVOVANGA


