Le Gouvernement congolais veut reprendre le contrôle des flux commerciaux au poste frontalier de Kasumbalesa, point de passage essentiel entre la RDC et la Zambie. Le 7 juillet 2026, une mission gouvernementale conduite au Haut-Katanga s’est rendue sur place pour examiner les pratiques qui freinent la mobilisation des recettes publiques et désorganisent le commerce transfrontalier.
La délégation comprenait notamment le ministre du Commerce extérieur, son collègue en charge de l’Entrepreneuriat, qui assure aussi l’intérim de l’Industrie, le gouverneur de province, ainsi que les responsables des services commis aux frontières. L’objectif était de constater les dysfonctionnements signalés depuis plusieurs années sur cet axe par lequel transitent à la fois des minerais, des produits manufacturés et une large partie des échanges avec l’Afrique australe.
À l’issue de la visite, le constat du Gouvernement est sévère. Les autorités évoquent des circuits de fraude organisés, des complicités administratives et des pratiques qui entraînent des pertes pour le Trésor public. Le message adressé aux services opérant à la frontière est désormais clair : les contrôles doivent être renforcés et les pratiques irrégulières sanctionnées.
Trois circuits de fraude ciblés par le Gouvernement
La mission a identifié trois pratiques qui perturbent le fonctionnement normal du poste de Kasumbalesa. La première concerne le phénomène appelé « Bamba Roho », qui repose sur l’utilisation de véhicules hors gabarit, parfois hauts de plus de cinq mètres, transportant des marchandises fractionnées depuis la Zambie. Selon les autorités, ce système fonctionnerait avec des complicités de part et d’autre de la frontière.
Le deuxième phénomène est connu sous le nom de « Bilanga ». Il concerne des voies piétonnes détournées de leur usage normal pour devenir des couloirs de fraude douanière. Des marchandises sont fractionnées du côté zambien avant d’être introduites en RDC par des circuits qui échappent au contrôle régulier des services compétents.
La troisième pratique porte sur la sous-évaluation et la dénaturation des marchandises. Dans ce cas, la nature ou la valeur des cargaisons est modifiée afin de réduire les droits et taxes dus à l’État. Le Gouvernement parle ici d’une trahison économique lorsqu’elle implique des agents publics, car ces manipulations privent directement le Trésor de recettes attendues.
Ces pratiques ne concernent pas seulement la douane. Elles affectent aussi l’industrie locale, la concurrence, la transparence commerciale et la capacité de l’État à financer ses politiques publiques. Lorsque des marchandises entrent par des voies détournées ou avec des valeurs minorées, les entreprises qui respectent les règles se retrouvent désavantagées.
Guichet unique, portique et surveillance en temps réel
Pour répondre à ces pratiques, plusieurs mesures d’application immédiate ont été annoncées. Le Gouvernement exige désormais l’usage strict du Guichet Unique Intégral du Commerce Extérieur, GUICE, avec une dématérialisation complète des procédures. Cette orientation vise à réduire les manipulations manuelles, mieux tracer les opérations et limiter les interventions informelles dans le traitement des dossiers.
Les autorités annoncent aussi l’installation immédiate d’un portique à la frontière, ainsi que l’interdiction d’accès aux véhicules liés au réseau « Bamba Roho ». Des écrans de surveillance en temps réel du parc frontalier doivent également être installés, avec une optimisation des scanners pour renforcer le contrôle technologique des flux.
Au-delà des mesures d’urgence, quatre chantiers sont annoncés pour transformer durablement Kasumbalesa. Le premier concerne le déploiement du Régime Commercial Simplifié, RECOS, afin d’encadrer le petit commerce transfrontalier au lieu de le laisser basculer dans l’informel. Le deuxième porte sur la construction d’un Poste Frontalier à Arrêt Unique, destiné à simplifier les formalités entre la RDC et la Zambie.
Le troisième chantier concerne la construction d’un port sec moderne pour mieux organiser les flux de marchandises. Le quatrième porte sur la modernisation de la voirie locale, afin de faire de Kasumbalesa une ville frontalière mieux structurée et plus adaptée au volume réel des échanges.
Le Gouvernement annonce des sanctions contre les agents et opérateurs qui continueront à alimenter les pratiques irrégulières. Une évaluation sera menée tous les trois mois pour mesurer les progrès, corriger les blocages et suivre l’application des décisions prises.
Kasumbalesa reste un test important pour l’administration économique congolaise. Si les mesures annoncées sont appliquées avec rigueur, elles peuvent améliorer la collecte des recettes, réduire les circuits parallèles et rendre le commerce frontalier plus transparent. Dans le cas contraire, les mêmes réseaux continueront à affaiblir l’État là où il devrait exercer pleinement son autorité.
— M. KOSI









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