Les travaux de réhabilitation de l’avenue Kasa-Vubu sur l’axe Moni Shop – Kintambo Magasin prennent du retard. En cause : le déplacement de câbles, de fibres optiques, d’installations de la Snel et de la Regideso, mais aussi des panneaux publicitaires non répertoriés. Constat dressé sur le terrain par l’Agence congolaise de presse (ACP) et confirmé par le Bureau Technique de Contrôle (BTC).
Pourquoi les réseaux souterrains bloquent le chantier
Le calendrier initial était ambitieux : six mois, du 12 avril 2025 à juillet 2025, pour moderniser un tronçon de 1 730 mètres. À ce stade, 700 mètres ont été traités. L’écart vient surtout des interventions indispensables sur les réseaux enterrés. L’ingénieur Bienvenue Enyeka (BTC) résume le nœud du problème : « la gestion du trafic, le déplacement des fibres optiques, des panneaux publicitaires, ainsi que des installations de la Snel et de la Regideso ralentissent l’avancement ». Les équipes savent où elles doivent raboter et poser la couche de roulement ; elles ignorent parfois ce qui circule sous l’asphalte ou à qui appartiennent certains équipements en surface.
La cartographie incomplète des réseaux joue ici un rôle central. Sans plans à jour, impossible d’engager les terrassements sans risque de rupture de conduite ou d’arrachage de câble. Les entreprises préfèrent avancer au pas, sonder, vérifier, rouvrir, puis refermer. Ce temps perdu ne se voit pas à l’œil nu, mais il pèse sur la durée du chantier et la circulation locale.
Autre frein : la facturation des dévoiements. Pour dégager l’espace des travaux, la Regideso réclame plus de 20 000 dollars pour déplacer ses conduites sur le tronçon concerné. Une dépense non négligeable pour un projet routier et, surtout, un poste qui nécessite des autorisations administratives, des devis, des validations, autant d’étapes qui prennent du temps. Dans de nombreux projets urbains, ce poste est devenu le facteur le plus imprévisible du calendrier : l’entreprise avance, attend un feu vert, change de séquence, puis revient sur la zone dès que la conduite est enfin déplacée.
Sur le terrain, la chaîne de responsabilités est connue : l’Hôtel de ville est maître d’ouvrage, via la Cellule des Travaux Publics (CTP) qui assure la mission de surveillance ; la mission technique de contrôle agit comme « œil du gouvernement » ; l’exécution est confiée à 2K Service. Ce schéma n’a rien d’exceptionnel. Il exige une coordination fine, surtout quand s’ajoutent des acteurs privés : opérateurs télécoms pour la fibre optique, régies publicitaires pour les panneaux. Or, sur Kasa-Vubu, plusieurs panneaux sont posés sans identification claire du propriétaire. Résultat : retracer la filière, prévenir, démonter, sécuriser, puis reprendre les travaux. Tout cela prend des jours.
Côté technique, la couche de roulement est engagée, signe que la structure de la chaussée est en passe d’être consolidée sur les sections libres de contraintes. Mais une route n’est pas un couloir. Elle vit avec ses accotements, ses trottoirs, ses réseaux. Tant qu’un câble ou une conduite reste à déplacer, la finition est bloquée sur la zone. Les automobilistes voient une machine à l’arrêt et pensent à une pause ; la réalité est plus prosaïque : l’équipe attend un dégagement de réseau, un raccordement, ou le retrait d’un panneau.
Ce retard appelle trois leçons très concrètes pour Kinshasa. D’abord, anticiper les dévoiements : au lancement d’un chantier, réunir Snel, Regideso, opérateurs télécoms et régies publicitaires, lister tronçon par tronçon ce qui doit bouger, fixer un calendrier et un responsable par opération. Ensuite, publier un plan des réseaux exploitable par les entreprises, quitte à l’enrichir en marchant grâce aux sondages réalisés pendant les travaux. Enfin, encadrer les publicités : pas de panneau sans identifiant visible et contact valide ; au besoin, prévoir des pénalités en cas de non-retrait dans les délais.
À l’échelle budgétaire, la ligne des « imprévus » couvre souvent ces à-coups. Elle ne doit pas masquer le coût pour les usagers : temps de trajet allongés, consommation de carburant, micro-pertes pour les petits commerces du corridor. Une avenue rouverte dans les temps, c’est un gain de productivité immédiat pour le quartier Kintambo. D’où l’importance d’un pilotage serré des interfaces techniques, plus que d’un ajout massif d’engins sur site.
« Le rythme s’accélère pour rouvrir l’avenue le plus vite possible », promet l’entreprise. Le terrain le confirmera lorsque les derniers déplacements de réseaux seront soldés et que la couche de roulement pourra être posée d’une traite sur les sections restantes. 2K Service connaît la pression du calendrier ; la CTP et la mission de contrôle ont, elles, la main sur la coordination et les arbitrages. Aux opérateurs de réseaux de jouer pleinement leur partition : chaque jour gagné sur un dévoiement, c’est une journée de bouchons en moins.
Ce chantier de Kasa-Vubu n’est pas un cas isolé. Il rappelle que la qualité des réseaux et leur gouvernance conditionnent la vitesse de nos routes. Une fois l’avenue livrée, il faudra tirer le fil jusqu’au bout : mettre à jour la base de données des réseaux, codifier les délais de retrait des panneaux publicitaires, et inscrire ces obligations dans chaque marché de travaux. À ce prix, les prochains calendriers seront tenables, et la ville gagnera en prévisibilité.
— M. KOSI


