spot_img

La RDC lance la facture normalisée pour renforcer la transparence fiscale et viser quatre milliards de dollars de TVA

Partager

La Direction Générale des Impôts a enclenché un tournant décisif dans la gestion fiscale congolaise. Depuis le 29 juillet 2025, chaque transaction relevant de la TVA ou d’autres prélèvements doit obligatoirement s’accompagner d’une facture normalisée. Derrière cette nouveauté, une volonté affirmée : traquer la fraude et offrir au Trésor public une nouvelle solidité, sans alourdir la pression fiscale sur les entreprises.

La facture normalisée n’est pas un simple reçu : elle matérialise chaque opération commerciale, en garantissant la transparence grâce à l’usage exclusif de Dispositifs Électroniques Fiscaux, homologués par la DGI. Désormais, toute entreprise concernée doit s’équiper de ces appareils. À chaque vente, les données fiscales sont transférées instantanément à l’administration, rendant toute manipulation impossible, ou presque.

Pourquoi ce bouleversement ? Pour le directeur général Barnabé Muakadi, l’objectif est limpide : rendre le circuit des recettes plus transparent, sécuriser la TVA et endiguer les vieux réflexes de sous-déclaration. L’État, en quête de ressources fiables, veut suivre chaque franc qui entre et sort des caisses, au centime près.

L’ampleur de la réforme frappe par son ambition. Le Ministre des Finances, Doudou Fwamba, mise sur un quadruplement des recettes issues de la TVA dès l’an prochain : « L’idée, c’est de sortir de l’informel, d’installer des règles du jeu identiques pour tous, et d’apporter à la RDC un système fiscal à la hauteur de ses besoins ». Aujourd’hui, la TVA génère environ un milliard de dollars chaque année. Le gouvernement vise les quatre milliards, rien de moins.

L’installation de ces dispositifs ne se fera pas du jour au lendemain. Une phase pilote touche d’abord les sociétés soumises à la TVA, avant une généralisation prévue sur douze mois. Pour la DGI, il s’agit d’aller vite, sans précipiter les choses. Un rythme imposé par l’urgence budgétaire mais aussi par le besoin de crédibiliser l’administration fiscale auprès des opérateurs économiques.

Pour beaucoup d’entreprises, la transition représente un défi : nouvelles habitudes à prendre, formation du personnel, adaptation des systèmes de gestion. Mais le bénéfice promis est clair : plus de sérénité face aux contrôles, moins d’incertitudes juridiques, et un accès facilité aux marchés publics. L’exemple de pays africains comme le Rwanda, où la digitalisation des impôts a dopé les recettes fiscales tout en assainissant les finances publiques, inspire ouvertement la démarche congolaise.

Ce changement de cap intervient alors que la pression sur le budget national se fait plus forte, sur fond d’engagements sociaux et d’investissements en infrastructures. La fiabilité des recettes devient stratégique. Une source au ministère des Finances rappelle que chaque dollar détourné ou non déclaré, c’est un hôpital ou une école qui ne verront jamais le jour.

Reste à voir comment cette réforme tiendra ses promesses sur le terrain. La réussite dépendra aussi du dialogue entre l’État et le secteur privé, indispensable pour lever les résistances et éviter de fragiliser le tissu économique. Mais pour la DGI comme pour le gouvernement, le message est clair : l’ère des recettes aléatoires et des pratiques informelles touche à sa fin.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une