La vie reprend dans les établissements de santé publique à travers la République démocratique du Congo. Après plusieurs semaines d’attente, le signal de la reprise est venu ce mercredi : les syndicats de la santé mettent un terme à la grève. Cette décision, attendue de longue date par des milliers de patients, résulte d’un compromis noué avec le gouvernement après des négociations menées tambour battant à Kinshasa.
Pour le personnel médical, l’objectif était clair : obtenir des réponses concrètes à des problèmes récurrents de rémunération et de conditions de travail. Face à eux, le Vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau, le ministre du Budget Aimé Boji et le ministre de la Santé Roger Kamba, ont dû composer avec une situation de plus en plus intenable sur le terrain. Difficile de fermer les yeux sur l’agitation des couloirs d’hôpitaux et l’inquiétude des familles privées de soins.
La rencontre du 30 juillet a marqué un tournant. Résultat immédiat : une série d’engagements précis de la part de l’État. Parmi les mesures les plus marquantes, le paiement immédiat de la paie complémentaire pour le deuxième trimestre et la promesse d’une revalorisation progressive de la prime de risque pour tout le personnel. À cela s’ajoutent le rattrapage des omissions salariales pour 5 177 médecins récemment promus, la régularisation des agents non mécanisés dans les structures hospitalières, l’intégration de la prime de brousse dans la nouvelle grille salariale, et l’installation d’une Commission mixte chargée de vérifier les effectifs.
Le suivi ne s’arrête pas là : une réunion d’évaluation, déjà programmée au 6 août prochain, doit permettre de faire le point sur la mise en œuvre effective de ces engagements. Côté syndicats, la balle est dans le camp du terrain : la reprise des activités et la continuité des soins ont été promises sur l’ensemble du territoire. C’est un soulagement pour les milliers de malades qui, ces dernières semaines, se sont retrouvés démunis face à des services fermés ou au personnel réduit à la portion congrue.
Ce bras de fer entre gouvernement et syndicats rappelle une réalité persistante en Afrique centrale : le dialogue social dans le secteur public se noue souvent à l’épreuve de la rue. Selon la Banque mondiale, les dépenses de santé publique en RDC restent en deçà de 3 % du PIB, très loin de la moyenne régionale, ce qui accentue la pression sur le personnel et génère des crises à répétition.
Reste à voir si ces engagements seront respectés. Nombre de grèves se sont déjà conclues par des promesses non tenues ou des paiements retardés. Mais pour l’instant, la suspension du mouvement est vécue comme une parenthèse salutaire. Les patients peuvent enfin espérer des soins dans des conditions un peu plus sereines, et le personnel, une reconnaissance qui se fait souvent attendre.
Au fond, c’est l’accès même à la santé qui se joue derrière ces discussions : pour chaque infirmier régularisé, pour chaque médecin réintégré, ce sont des milliers de vies qui dépendent de la bonne marche du service public. Pourquoi ce compromis aujourd’hui ? Peut-être parce qu’à force de voir les attentes s’accumuler dans les couloirs d’hôpital, il fallait bien que le gouvernement finisse par tendre l’oreille.
— M. KOSI


