Avec 530 hectares de terrains aménagés entre la Route Nationale n°1 et le fleuve Congo, un taux d’exécution de 80 % pour la première phase des travaux et une projection de 20 000 emplois directs, la Zone économique spéciale de Kin Malebo s’impose comme un dossier test pour la stratégie industrielle de la République démocratique du Congo. Le Fonds de Promotion de l’Industrie, FPI, envisage d’y entrer au capital, ce qui marquerait une évolution importante de son rôle, du simple financement vers la participation directe dans des projets structurants.
Kin Malebo, Kolwezi, Banana, un triptyque pour transformer la base productive
Le samedi 6 décembre, le Directeur général du FPI, Hervé Claude Ntumba Batukonke, a effectué une visite de terrain à Kin Malebo, dans la commune de la N’Sele à l’est de Kinshasa. Cette visite n’avait rien de protocolaire. Il s’agissait de vérifier l’avancement réel des travaux, de mesurer la solidité du montage et d’évaluer l’intérêt d’une entrée du FPI comme investisseur dans la Zone économique spéciale.

Kin Malebo fait partie d’un ensemble plus large porté par SIDIC avec trois zones phares, Kin Malebo à Kinshasa pour l’industrie et la logistique, Kolwezi pour la transformation minière, Banana en appui au futur port en eau profonde sur la côte atlantique. L’idée est de structurer le territoire en grands pôles industriels reliés entre eux, chacun spécialisé, mais connectés par des flux de marchandises, de capitaux et de main-d’œuvre. Pour une économie qui dépend encore largement de l’exportation de matières premières peu transformées, ce type de dispositif vise à fixer plus de valeur ajoutée sur place.
À Kin Malebo, la délégation du FPI a été reçue par Romain Deniel, Directeur général d’ARISE RDC, société de droit émirati qui développe la zone. La présentation de la maquette a permis de visualiser l’organisation du site. Sur 530 hectares, le projet prévoit des unités de transformation, des entrepôts, des services logistiques et des infrastructures de soutien aux entreprises. L’axe RN1 fleuve Congo offre une double ouverture, par route et par voie fluviale, qui réduit les coûts de transport et améliore la compétitivité pour l’export comme pour l’approvisionnement du marché intérieur.
Le chiffre de 80 % de travaux réalisés pour la première phase est un indicateur clé. Il montre que le projet a franchi le cap des annonces pour entrer dans une phase physique avancée. Pour un investisseur institutionnel comme le FPI, ce niveau d’exécution réduit une partie du risque lié aux retards ou aux blocages de chantier. Le débat se déplace alors de la question, le projet verra-t-il le jour, vers des questions plus techniques, quelles entreprises vont s’installer, quels volumes de production sont attendus, quel sera l’impact sur les recettes fiscales et l’emploi.
La projection de 20 000 emplois directs constitue un autre signal fort. À cette échelle, l’effet sur le marché du travail ne se limite pas à quelques entreprises stratégiques. On parle d’un bassin d’emplois qui peut structurer durablement l’économie de la capitale et de ses environs. Une partie de ces postes concernera des profils qualifiés, mais aussi des tâches liées à la logistique, à la manutention, à la maintenance et aux services. Pour l’État, cette masse salariale représente un potentiel de recettes fiscales et de cotisations sociales, à condition que l’activité soit bien encadrée et déclarée.
Le projet prévoit également l’installation de plusieurs services publics sur le site, regroupés sous forme de guichet unique. Cette configuration peut jouer directement sur le climat des affaires. Lorsque les entreprises trouvent sur place les administrations dont elles ont besoin, immatriculation, douane, fiscalité, autorisations diverses, les coûts de transaction diminuent, les délais s’allègent, la prévisibilité augmente. Du point de vue macroéconomique, cela réduit un des freins récurrents à l’investissement productif, la lourdeur administrative.
Pour le FPI, entrer au capital d’un projet comme Kin Malebo change la nature de son intervention. Traditionnellement, le Fonds intervient via des crédits ou des instruments assimilés. Une prise de participation le place dans une logique de partage du risque et du rendement avec les autres investisseurs. Cette évolution peut renforcer son influence sur l’orientation des projets, par exemple en veillant à la présence d’entreprises locales, au respect de certaines normes ou à la cohérence avec les objectifs de transformation de l’économie congolaise.
Sur le plan de la politique économique, ce type de zone peut jouer sur plusieurs variables à la fois, réduction de la pression sur la balance des paiements lorsque des biens auparavant importés sont produits localement, hausse des recettes fiscales si les entreprises travaillent dans un cadre formel, amélioration de la productivité grâce à la concentration d’infrastructures et de services. L’enjeu pour les autorités est de faire en sorte que ces gains ne profitent pas uniquement à quelques groupes, mais irriguent l’ensemble du tissu productif.
Kin Malebo s’inscrit par ailleurs dans une logique de partenariat public privé. L’État fixe le cadre, les objectifs et met certains instruments à disposition, terrains, avantages fiscaux, facilités douanières, présence d’un guichet unique. ARISE apporte le savoir-faire industriel et logistique, SIDIC pilote le concept des différentes zones. Si le FPI rejoint le tour de table, la présence publique dans la gouvernance s’en trouvera renforcée, sans pour autant chasser la logique de gestion entrepreneuriale.
Au final, la combinaison de trois éléments, 530 hectares connectés à un axe stratégique, 80 % de travaux déjà exécutés pour la première phase, 20 000 emplois attendus, fait de Kin Malebo un baromètre de la capacité du pays à transformer des projets industriels en réalité économique mesurable. La décision du FPI d’y prendre ou non une participation en dira long sur la manière dont l’État utilise ses outils financiers pour accompagner, et parfois précéder, le mouvement d’industrialisation annoncé.
M. KOSI


