L’entreprise Buenassa a présenté une offre de 1,5 milliard de dollars pour racheter Chemaf, producteur de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo. L’opération s’inscrit dans une feuille de route industrielle chiffrée à 3,5 milliards de dollars, dévoilée le 29 janvier 2026, à la veille du sommet de Washington sur les minerais critiques prévu le 4 février.
L’enjeu dépasse une simple acquisition. Buenassa cherche à sécuriser l’amont minier d’un projet de raffinage présenté comme stratégique, dans un contexte de concurrence accrue entre acteurs étrangers et de repositionnement diplomatique de la RDC sur les chaînes d’approvisionnement en minerais dits critiques.
Intégration industrielle ou logique financière
Selon Buenassa, les 1,5 milliard de dollars seraient affectés à la stabilisation de Chemaf et au reprofilage de sa dette, c’est-à-dire un réaménagement des échéances pour alléger la pression financière immédiate. L’entreprise entend aussi finaliser les unités industrielles Etoile II et Mutoshi, à l’arrêt ou inachevées, et honorer les engagements existants.
Cette reprise doit alimenter un projet de raffinerie structuré en deux phases. La première mobiliserait 700 millions de dollars et viserait une production annuelle de 30 000 tonnes de cuivre sous forme de cathodes conformes aux standards du London Metal Exchange, ainsi que 5 000 tonnes de cobalt sous forme de sulfate et de métal de haute pureté. La seconde phase, évaluée à 1,3 milliard de dollars – contre 2 milliards initialement annoncés – porterait la capacité à 120 000 tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt par an.
Pour la direction de Buenassa, cette intégration verticale doit réduire l’exposition aux ruptures d’approvisionnement et à la volatilité des prix, deux facteurs qui ont freiné les investissements industriels occidentaux dans le secteur. L’entreprise met en avant un montage censé améliorer la transparence financière et limiter les conflits de risques entre actifs miniers et industriels.
La dimension sociale est également avancée. La filiale Buenassa Resources assure vouloir préserver l’emploi de plus de 3 000 salariés directs de Chemaf et de milliers de sous-traitants. Le complexe de raffinage pourrait, selon ses promoteurs, créer environ 5 000 emplois supplémentaires, un argument clé dans un pays où la transformation locale des minerais reste limitée.
Pour renforcer la crédibilité financière du projet, Buenassa souligne l’appui de l’État congolais, actionnaire à 10 %, et l’intervention de cabinets et partenaires bancaires. L’audit d’acquisition et l’accompagnement sur la dette seraient confiés à Roland Berger, tandis que l’ingénierie reposerait sur un consortium associant des acteurs britanniques et sud-africains. Des discussions sont également évoquées avec des institutions financières américaines et des banques opérant en RDC.
Ce dossier se joue enfin dans un contexte géopolitique sensible. La cession de Chemaf est perçue comme un test du partenariat stratégique RDC–États-Unis signé en décembre dernier, à l’heure où Washington cherche à sécuriser ses approvisionnements en cuivre et en cobalt face à la domination asiatique. Mais la concurrence est vive. Selon des informations de presse spécialisées, une offre concurrente portée par Virtus Minerals inclurait la reprise d’une dette estimée à plus de 900 millions de dollars, suscitant des interrogations à Kinshasa sur le financement réel et la place réservée aux intérêts locaux.
Pour les autorités congolaises, l’arbitrage s’annonce délicat. Il s’agit de choisir entre une opération à dominante financière et un projet industriel de long terme, dans un secteur où les décisions engagent durablement la souveraineté économique et la valeur ajoutée nationale.
– Peter MOYI

