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Nord-Kivu : la fraude sur le cacao prive l’État de recettes à la frontière avec l’Ouganda

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À Kasindi, porte d’entrée commerciale entre la RDC et l’Ouganda, les services de sécurité ont de nouveau intercepté une cargaison de cacao destinée à sortir du pays en toute discrétion. Seize bidons présentés comme contenant de l’huile de palme se sont révélés remplis de cacao, puis saisis et ramenés à Beni pour enquête. L’épisode illustre, à petite échelle mais de façon très claire, comment une partie de la valeur ajoutée agricole échappe aux caisses publiques.

Quand le cacao sort en fraude, les taxes et devises restent dehors

Le cacao est un produit d’exportation qui génère des recettes fiscales et des devises lorsque les circuits officiels fonctionnent. À l’inverse, chaque chargement qui passe par des chemins détournés prive l’État de droits à l’exportation, de taxes provinciales et de statistiques fiables sur le volume réel des flux. Dans une province en reconstruction, où les besoins en infrastructures restent immenses, ce manque à gagner pèse directement sur la capacité de financement public.

C’est ce que rappelle, en filigrane, le conseiller économique du gouverneur, David Kamuha. Il décrit une fraude qui se réinvente en permanence, avec des commerçants qui utilisent désormais des bidons d’huile de palme comme camouflage. Ce type de montage logistique n’est pas sophistiqué, mais il suffit à contourner un poste frontalier si le contrôle est faible. Le message politique est donc double : montrer que les services de sécurité peuvent détecter ces montages, et indiquer que cette vigilance va se prolonger.

Le choix annoncé pour la suite est révélateur d’une orientation économique : le cacao saisi sera vendu légalement, et les recettes doivent financer des infrastructures dans la province. Autrement dit, transformer un flux illégal en ressource budgétaire. Dans un contexte de pression sur les finances publiques, la lutte contre la fraude devient une forme d’élargissement de l’assiette fiscale, sans alourdir la charge sur les opérateurs en règle.

L’argument de dissuasion est, lui aussi, clair. Le conseiller du gouverneur insiste sur l’absence de clémence annoncée pour les fraudeurs. Cette fermeté vise à envoyer un signal à l’ensemble de la filière : rester dans le circuit officiel n’est pas seulement une contrainte administrative, c’est la seule manière de sécuriser l’activité sur le long terme, en évitant saisies, pertes de stocks et poursuites.

L’affaire de Kasindi ne constitue pas un cas isolé. Deux semaines auparavant, une autre cargaison de cacao avait déjà été interceptée sur des camionnettes au même poste frontalier de Kasindi-Lubirigha. La répétition des saisies montre que la frontière reste une zone sensible, où se joue une partie de la bataille pour les recettes d’exportation. Si ces opérations se multiplient et se systématisent, elles peuvent à terme améliorer la traçabilité du cacao, renforcer les recettes en devises et rendre plus lisible la contribution réelle de cette filière à l’économie provinciale et nationale.

M. KOSI

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