Les récentes révélations sur les pratiques financières au sein de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) ont mis en lumière une situation alarmante. D’après les données recueillies par l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), les sept membres de l’équipe dirigeante de cette institution publique se partageraient annuellement la somme de 2,3 millions de dollars, soit environ 340 000 dollars par mois et par dirigeant. Un montant exorbitant qui contraste fortement avec la situation économique difficile du pays.
Une gestion des ressources publiques questionnable
L’ARPTC, censée réguler un secteur clé pour le développement économique du pays, se retrouve au centre d’un scandale de mauvaise gouvernance. En 2023, ces dirigeants ont perçu, sur une période de trois ans, un total de 18,6 millions de dollars, une somme colossale en regard des difficultés financières auxquelles fait face la majorité de la population congolaise.
Plus choquant encore, en janvier 2024, les mêmes responsables se sont octroyé une prime exceptionnelle de 3 millions de dollars, soit 429 000 dollars par personne. Ces chiffres illustrent un écart flagrant entre les élites dirigeantes et le reste de la population, exacerbant les tensions sociales dans un contexte de crise sécuritaire et humanitaire.
Des millions détournés au détriment de la population
Alors que 7 millions de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays en raison des conflits à l’Est, les fonds utilisés par les dirigeants de l’ARPTC auraient pu servir à améliorer les conditions de vie de ces populations vulnérables. En effet, les 19 millions de dollars dilapidés par ces dirigeants en trois ans auraient pu couvrir quatre années d’aide humanitaire pour ces déplacés internes, en leur offrant un soutien financier minimal de 150 Fc chacun.
Cette situation reflète une gestion des ressources publiques qui semble privilégier les intérêts personnels des dirigeants au détriment du bien-être collectif. Le contraste est d’autant plus saisissant quand on le compare aux salaires des députés, eux-mêmes déjà au centre des critiques pour leur niveau de rémunération jugé élevé. À l’ARPTC, les dirigeants touchent en moyenne dix fois plus que les parlementaires, un écart qui soulève des questions sur l’équité et l’éthique dans la gestion des fonds publics.
Une gestion opaque à auditer
Face à ces révélations, l’ODEP a appelé à des mesures immédiates. Il est recommandé au Président de la République de suspendre l’actuelle équipe dirigeante de l’ARPTC et d’ordonner un audit de cette institution par l’Inspection Générale des Finances (IGF). Parallèlement, il est demandé au Ministre de la Justice de se saisir de ce dossier en prenant les mesures nécessaires pour garantir la transparence et l’intégrité dans la gestion des entreprises publiques.
Les révélations de l’ODEP s’appuient sur des documents internes à l’ARPTC, incluant des données bancaires que l’organisation a choisi de ne pas publier pour des raisons de discrétion. Cette transparence partielle, bien que compréhensible, souligne la nécessité d’une enquête plus approfondie pour faire toute la lumière sur ces pratiques.


La Rédaction


