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Prévisions 2025 : avec 5,3 %, la RDC ne rejoint pas les économies africaines au-dessus de 6 % selon le FMI

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Les nouvelles prévisions du FMI pour 2025 placent l’Éthiopie et la Guinée en tête du continent, avec une croissance du PIB réel attendue de 7,2 %, suivies du Bénin (7 %), du Niger (6,6 %), de la Côte d’Ivoire et de l’Ouganda (environ 6,4 %). Djibouti, la Gambie, le Sénégal et la Tanzanie complètent ce groupe autour de 6 %. Dans ce Top 10 africain, la République démocratique du Congo n’apparaît pas, alors même que sa croissance reste supérieure à la moyenne de l’Afrique subsaharienne.

Un « géant minier » qui progresse, mais en dessous du club des 6 %

Le FMI prévoit pour la RDC une croissance du PIB réel de 5,3 % en 2025, d’après sa base de données du World Economic Outlook et la fiche pays consacrée au Congo. La Banque africaine de développement va un peu plus loin, avec une projection à 5,6 %, portée surtout par les mines, le bâtiment et quelques chantiers d’infrastructures. Dans une région où la moyenne devrait tourner autour de 4 %, ces chiffres placent objectivement la RDC dans le haut du tableau.

La question n’est donc pas de savoir si l’économie congolaise avance, mais pourquoi elle reste en dessous de la barre des 6 % qui caractérise les pays du Top 10.

Les rapports récents du FMI rappellent qu’en 2024, la croissance congolaise a atteint environ 6–6,5 %, grâce à la hausse de la production de cuivre et de cobalt et aux investissements dans le Lualaba et le Haut-Katanga. Cette progression repose toutefois sur un socle étroit : le pays dépend fortement de quelques produits miniers, dans un contexte marqué par l’insécurité persistante à l’Est, la pression sur les finances publiques et des besoins élevés en dépenses militaires et sociales. Une variation des cours des matières premières ou un retard dans les projets d’infrastructures peut rapidement peser sur la trajectoire de croissance.

En face, plusieurs économies du Top 10 combinent expansion rapide et diversification progressive. L’Éthiopie bénéficie d’un programme d’appui du FMI, de réformes macroéconomiques et de grands projets dans l’énergie et les transports. La Guinée s’appuie sur le développement du gisement de Simandou et sur la montée de ses exportations minières. Dans l’UEMOA, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal misent sur la modernisation de leurs ports, la réforme fiscale, la création de zones industrielles et le renforcement de l’agro-industrie, auxquels s’ajoutent, pour le Sénégal, les débuts de la production de pétrole et de gaz. L’Ouganda et la Tanzanie s’appuient sur les hydrocarbures, les infrastructures et le tourisme, tandis que Djibouti et la Gambie misent sur les services, la logistique et la finance.

La RDC reste, elle, très dépendante de la rente minière. La BAD souligne que le BTP contribue davantage au PIB, mais que ces travaux sont fortement liés aux investissements du secteur extractif. Cette structure limite l’effet de la croissance sur l’emploi, la diversification de l’économie et la résilience en cas de choc externe.

À ces fragilités sectorielles s’ajoutent des problèmes bien connus des acteurs économiques : déficit d’électricité, réseau routier insuffisant, coûts de transport élevés, environnement des affaires incertain, lourdeurs administratives et faible mobilisation des recettes intérieures. Le FMI insiste sur la nécessité d’améliorer la gestion des finances publiques, de renforcer la gouvernance des entreprises d’État et de mieux encadrer les dépenses de sécurité afin de préserver des marges pour les infrastructures, la santé et l’éducation.

L’absence de la RDC dans le classement des dix économies africaines les plus rapides en 2025 ne signifie pas que le pays est en retard sur toute la ligne. Elle met surtout en lumière l’écart entre les richesses naturelles et la transformation concrète de ces ressources en activités diversifiées, en emplois et en services publics visibles. Avec une croissance projetée entre 5,3 % et 5,6 %, la RDC fait mieux que la moyenne de la région, mais reste en dessous des pays qui s’installent durablement au-dessus de 6 %, voire proches de 7 %.

Pour réduire ce décalage, les priorités ressortent clairement des diagnostics des institutions financières internationales : développer l’agriculture commerciale et l’agro-industrie, encourager la transformation locale des minerais, soutenir les services numériques et la logistique régionale, sécuriser les provinces de l’Est pour rassurer les investisseurs, élargir l’assiette fiscale et améliorer la qualité de la dépense publique.

Au fond, la vraie question pour la RDC dépasse le seul classement du FMI. L’enjeu central est de savoir si la croissance annoncée pour 2025 se traduira par des routes praticables, de l’électricité fiable, des écoles, des centres de santé fonctionnels et des emplois durables. Dans un continent où plusieurs pays accélèrent, se contenter d’être « au-dessus de la moyenne » ne suffit plus pour un État de la taille de la RDC, au cœur des chaînes de valeur mondiales des minerais stratégiques.

— M. KOSI

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