Le président congolais Félix Tshisekedi a demandé un audit de l’état liquidatif de la paie des agents publics, lors de la 79e réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 20 février 2026. La mesure intervient alors que des retards de paiement sont signalés et que la trésorerie de l’État est sous pression.
D’après le compte-rendu présenté par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, l’audit doit aider à « garantir la soutenabilité des finances publiques » et à sécuriser la continuité des opérations financières de l’État, en particulier le versement régulier des salaires. Autrement dit, l’Exécutif veut réduire le risque que la paie des fonctionnaires soit perturbée par des déséquilibres budgétaires ou par des failles dans la chaîne de contrôle.
Le chef de l’État met en avant une hausse de la masse salariale, qu’il relie notamment à l’engagement de nouvelles unités sans maîtrise suffisante des effectifs et sans mécanismes de vérification jugés assez rigoureux. Pour les finances publiques, l’équation est directe : plus la masse salariale augmente, plus elle absorbe des ressources qui doivent aussi couvrir d’autres dépenses de l’État. Quand la trésorerie est contrainte, le moindre écart dans les effectifs payés peut se traduire par des retards, et ces retards peuvent alimenter des tensions sociales.
Un contrôle des effectifs et une chaîne de paiement à verrouiller
Au cœur de l’audit, il y a une question technique mais simple : l’État paie-t-il exactement les agents qu’il a budgétisés ? L’opération devra identifier les écarts éventuels entre les effectifs inscrits au budget et les effectifs effectivement rémunérés. Ce type de vérification sert à repérer des doublons, des incohérences administratives ou des situations où des paiements sont effectués sans correspondre à une base budgétaire claire.
Le travail vise aussi à renforcer la fiabilité des procédures de liquidation. La liquidation, dans la dépense publique, correspond à l’étape où l’administration vérifie qu’une dépense est due et qu’elle est correctement calculée avant d’ordonner le paiement. Si cette étape est mal contrôlée, l’État s’expose à des erreurs de calcul, à des paiements indus ou à des retards causés par des corrections tardives.
La coordination stratégique de l’opération est confiée à la Première ministre, avec l’appui de l’Inspection générale des finances et des services de contrôle. Le Vice-Premier ministre en charge du Budget est appelé à veiller à une concordance stricte entre effectifs budgétaires et effectifs rémunérés. Le ministre des Finances, lui, doit consolider le mécanisme conjoint de liquidation et de paiement, en l’alignant sur la disponibilité réelle de la trésorerie. Le message est clair : limiter les engagements de dépenses à ce qui peut être effectivement payé, au moment où cela doit l’être.
Sur le plan budgétaire, l’enjeu dépasse la seule gestion administrative. La masse salariale est l’un des postes les plus sensibles des finances publiques : elle est récurrente, difficile à réduire rapidement, et son mauvais pilotage peut déséquilibrer l’exécution budgétaire. Quand les salaires arrivent en retard, l’impact est immédiat pour les ménages concernés. À l’échelle macroéconomique, ces tensions fragilisent aussi la capacité de l’État à tenir ses engagements et à préserver un cadre de stabilité.
La Présidence présente cette démarche comme la continuité d’une politique d’assainissement des finances publiques et de discipline budgétaire. Elle la rattache aussi aux engagements pris par la RDC auprès des institutions de Bretton Woods, dont le Fonds monétaire international, dans le cadre de programmes appuyés par la Facilité élargie de crédit et la Facilité pour la résilience et la durabilité.
En toile de fond, le gouvernement dit vouloir restaurer la crédibilité du système de paie, préserver la justice salariale et maintenir un cadre macroéconomique viable. L’audit devra surtout trancher un point central : si les contraintes de trésorerie viennent d’abord d’un problème d’effectifs et de contrôle, ou d’une pression plus large sur les finances publiques qui oblige l’État à arbitrer entre rigueur budgétaire et obligations sociales.
— Peter MOYI



