La RDC cherche à sortir de la liste grise du GAFI et à rassurer ses partenaires financiers. À Kinshasa, la Cenaref et le ministère des Finances ont engagé un travail rapproché avec le Trésor américain pour montrer que les réformes avancent vraiment sur le terrain.
Sortir de la liste grise du GAFI, un passage obligé pour la crédibilité financière de la RDC
Quelques jours après les accords de Washington entre la RDC et le Rwanda signés le 4 décembre, les autorités congolaises ont ouvert un autre front, celui de la réputation financière du pays. Ce lundi, à Kinshasa, la Cellule nationale des renseignements financiers, Cenaref, et des experts du ministère des Finances ont reçu une délégation du Département du Trésor des États Unis conduite par Warren Ryan, sous secrétaire adjoint par intérim.
Le dossier central est la place de la RDC sur la liste grise du Groupe d’action financière, GAFI, où elle a été inscrite en octobre 2022. Ce classement signale aux banques et investisseurs que le pays présente encore des faiblesses dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Concrètement, les transactions internationales sont plus surveillées, les délais s’allongent et le coût du financement extérieur augmente. Pour un pays comme la RDC qui a besoin de capitaux pour ses infrastructures et son secteur minier, cette situation pèse sur la croissance et sur le budget.
Selon Maurice Lipemba, expert au Comité national de mise en œuvre des sanctions financières ciblées, Conasafic, les représentants américains ont reconnu les efforts de la Cenaref, notamment sous la conduite de son secrétaire exécutif Adler Kisula, dans le cadre du processus ICRG. Ce mécanisme du GAFI suit de près les pays surveillés et mesure l’application réelle des engagements. L’enjeu pour Kinshasa est simple, prouver que les textes votés se traduisent en contrôles et en sanctions effectifs.
Les discussions ont porté sur plusieurs axes techniques. D’abord, l’application des sanctions financières ciblées contre les personnes physiques ou morales liées au blanchiment ou au financement du terrorisme. Cela implique une meilleure circulation de l’information entre la Cenaref, la Banque centrale, les régulateurs et les banques commerciales. Ensuite, le renforcement de la coordination entre cellules de renseignement financier, CRF, afin de suivre les flux qui traversent plusieurs pays, un point particulièrement sensible pour un État riche en ressources naturelles et exposé aux circuits informels.
Les échanges ont aussi insisté sur la nécessité de renforcer la conformité bancaire et la supervision prudentielle. Autrement dit, pousser les banques à mieux connaître leurs clients, vérifier la source des fonds et signaler systématiquement les opérations suspectes. Ces mesures peuvent paraître lourdes pour les établissements, mais elles conditionnent l’accès au système financier international. Une banque congolaise jugée peu fiable par ses correspondants étrangers risque de voir ses lignes de crédit réduites ou fermées, ce qui freine le commerce extérieur et les importations.
Pour rendre cette coopération plus efficace, les deux parties ont souligné l’importance pour la Cenaref d’intégrer le Groupe Egmont, réseau mondial des cellules de renseignement financier. L’adhésion à ce réseau permet un échange sécurisé et rapide d’informations sensibles entre pays. Pour la RDC, cela signifie une meilleure capacité à remonter les circuits d’argent sale qui passent par plusieurs juridictions et un accès à des analyses et outils utilisés par d’autres CRF. C’est aussi un signal de sérieux envoyé aux partenaires internationaux.
Ces discussions s’inscrivent dans un cadre plus large de réformes engagé par le gouvernement congolais depuis plusieurs mois. Kinshasa travaille à actualiser son cadre juridique, à clarifier le rôle des différentes institutions et à doter la Cenaref de moyens techniques et humains plus importants. Fin août 2025, la RDC a rejoint officiellement l’ESAAMLG, le groupe régional de lutte contre le blanchiment pour l’Afrique orientale et australe. Cette appartenance implique des évaluations régulières et des plans d’action suivis dans le temps, ce qui crée une pression supplémentaire pour avancer.
L’objectif final est de sortir de la liste grise du GAFI et de réduire la perception de risque associée à la RDC. Si les réformes annoncées sont mises en œuvre de façon rigoureuse, le pays pourra espérer améliorer progressivement ses relations avec les bailleurs, faciliter les transferts financiers et abaisser le coût d’accès aux marchés internationaux. Les échanges avec le Trésor américain marquent une étape dans cette direction, ils serviront de test pour mesurer la capacité de l’appareil financier congolais à transformer les engagements politiques en résultats concrets.
M. KOSI


