La Baie de Ngaliema « n’est pas un accident » mais le résultat d’un système qui a morcelé et vendu des espaces publics, selon Jean Bamanisa, président de l’Expo-Béton. Il a tenu ces propos mardi, alors que la ville de Kinshasa mène des démolitions de constructions jugées anarchiques dans certains quartiers.
Jean Bamanisa relie directement la situation de la Baie de Ngaliema à la manière dont les berges et autres terrains publics ont été gérés en République démocratique du Congo. Il parle d’espaces « découpés, vendus, titrés et bétonnés ». Pour lui, limiter la sanction aux occupants des constructions revient à toucher « le dernier maillon » et à laisser intacte la chaîne qui a rendu ces occupations possibles.
Il soutient que le problème commence « bien plus haut », au niveau de l’administration. Son argument est simple : dans les grandes villes, l’État garde d’abord des réserves foncières pour les équipements collectifs avant d’autoriser les constructions. Il cite notamment les routes, parkings, bassins de rétention d’eau, écoles, hôpitaux, marchés, parcs, cimetières, décharges, postes de police, casernes de pompiers, stations d’épuration, gares et universités. Selon lui, ces terrains relèvent du domaine public. À Kinshasa, il estime qu’ils n’ont pas été protégés et qu’ils ont été vendus, ce qui a aggravé plusieurs problèmes concrets : inondations, empiétement sur les emprises, réchauffement climatique, accumulation d’ordures et embouteillages durables.
Démolitions : Bamanisa demande des poursuites et l’annulation des titres frauduleux
Le président de l’Expo-Béton appelle le gouvernement à démanteler les réseaux fonciers frauduleux impliqués dans la vente d’espaces publics. Il plaide pour l’annulation des titres qu’il qualifie de frauduleux et met en avant une responsabilité pénale partagée : le propriétaire, mais aussi le conservateur, l’urbaniste et le signataire politique devraient, selon lui, être poursuivis.
Il demande aussi un gel immédiat de zones qu’il juge stratégiques, comme les berges, les zones inondables, les axes routiers et, plus largement, les espaces publics, avec l’objectif qu’ils deviennent « juridiquement inaliénables », donc non cessibles.
Pendant ce temps, l’autorité urbaine dit agir pour libérer les emprises, rétablir l’ordre urbanistique et prévenir les inondations et catastrophes. Dans ce cadre, le vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani Lukoo, la ministre des Affaires foncières O’Neige Nsele et le ministre de l’Urbanisme Alexis Gisaro ont visité des sites annoncés pour démolition.
— M. KOSI

