Le ministère du Commerce extérieur en RDC s’apprête à injecter de nouveaux financements dans le commerce transfrontalier des provinces du Nord et du Sud-Kivu. À partir du 15 août 2025, plus de 3 000 commerçants, majoritairement des femmes – une réalité soulignée par la Banque mondiale qui estime à 74 % la part féminine de cette activité dans la région –, bénéficieront d’une subvention directe grâce au Projet de facilitation du commerce et intégration dans la région des Grands Lacs (PFCIGL).
Un appui concret pour redessiner le commerce régional
Le lancement du programme, prévu à Uvira, coïncide avec le déploiement d’une politique d’investissement dans les infrastructures logistiques : plusieurs ports à arrêt unique verront le jour à Kavimvira, Nyamoma, Rubenga et Kamanyola, des axes considérés comme stratégiques pour la fluidité du commerce avec le Burundi et le Rwanda. À terme, l’objectif affiché est de réduire d’au moins 18 % les coûts logistiques et les délais de transit, selon les projections du Centre du commerce international. Un gain qui pourrait relancer le tissu entrepreneurial local, souvent pénalisé par les tracasseries administratives et les surcoûts informels.
Au-delà de la subvention, le projet mise sur un accompagnement ciblé : formation à la gestion, accès au crédit simplifié et soutien aux coopératives de jeunes et de femmes, dans l’idée de structurer un secteur trop souvent dominé par l’informel. Le coordonnateur du PFCIGL, Thierry Kayembe, rappelle que « la compétitivité des chaînes de valeur sélectionnées repose sur leur capacité à répondre aux standards internationaux et à franchir les frontières sans blocage ».
Autre évolution notable, le dispositif réglementaire s’affine. Un protocole d’accord entre l’Office congolais de contrôle (OCC) et le Bureau burundais des normes doit entrer en vigueur sous peu. Il s’appuie sur le Régime commercial simplifié (RECOS), en place depuis octobre 2024 à Kavimvira-Gatumba. Ce mécanisme, salué par les bailleurs de fonds, a déjà permis à plus de 1 200 petits opérateurs de bénéficier d’un passage en douane accéléré et sécurisé, gage d’une professionnalisation progressive du commerce frontalier.
Pour les autorités congolaises, ce virage technique répond à l’urgence d’intégrer l’économie de la région des Grands Lacs aux réseaux commerciaux internationaux et de mobiliser des recettes fiscales jusque-là insaisissables. Si la réussite du programme dépendra de sa capacité à contourner les habitudes informelles, les partenaires internationaux insistent sur l’importance de la transparence dans l’allocation des subventions et le suivi des investissements.
— Peter MOYI

