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RDC : une croissance de 6,7 % en 2024 portée par les mines, mais un secteur hors-extraction à la peine

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L’économie congolaise avance avec fermeté, mais sans filet. Au 25 avril 2025, les derniers chiffres de la Banque Centrale confirment un climat de stabilité monétaire et de croissance soutenue. Pourtant, derrière cette façade, les vulnérabilités structurelles demeurent bien ancrées. Si les mines alimentent encore la dynamique économique, la réalité du terrain révèle une résilience davantage comptable que transformationnelle.

La RDC a clôturé l’année 2024 avec un taux de croissance de 6,7 %. En tête du peloton africain sur ce critère, le pays se distingue à nouveau, porté en grande partie par l’extraction minière. Le secteur a progressé de 12,5 %, mais ce rebond masque l’essoufflement d’autres compartiments économiques. Hors mines, l’activité peine à décoller. Avec une progression de 3,1 %, le secteur non extractif reste à la traîne, tout juste au-dessus du rythme de l’inflation.

Les télécoms et les services numériques, en progression de près de 10 %, font figure d’exception. Mais le tissu productif reste dominé par des importations coûteuses et des chaînes de valeur encore incomplètes. La zone économique spéciale de Maluku, annoncée comme un catalyseur industriel, tarde à produire des effets mesurables.

Sur le front des prix, le ralentissement est confirmé. L’inflation glissante est passée sous la barre des 10 %, à 9,96 %, contre plus de 21 % à la même période l’année dernière. Les pressions sur les prix alimentaires se sont relâchées. Toutefois, les postes logement et santé enregistrent des hausses respectives de 21,5 % et 7,7 %. À Kinshasa comme à Lubumbashi, les loyers et les frais médicaux grignotent une part croissante des budgets familiaux.

La Banque Centrale peut revendiquer une gestion monétaire prudente. Mais ce recentrage est fragilisé par une politique budgétaire en dérapage. Sur les trois premiers mois de l’année, le déficit public atteint 1.747,8 milliards de francs congolais. Le recours massif à l’endettement interne par l’émission de bons et d’obligations du Trésor pousse l’encours à plus de 5.000 milliards de CDF.

Le manque d’appétit des investisseurs pour ces titres en monnaie locale devient un problème récurrent. Certaines émissions n’ont été couvertes qu’à hauteur de 10 %. Les titres libellés en dollars prennent le pas, reflétant une défiance persistante vis-à-vis de la soutenabilité de la dette en francs.

Le taux de change reste stable, avec une légère glissade de 0,3 % en un an. À 2.855 francs congolais pour un dollar, la stabilité est en grande partie attribuable à une remontée des réserves internationales, désormais à 6,73 milliards de dollars. Cela correspond à 2,6 mois d’importations. Une performance honorable, mais qui reste tributaire des cours mondiaux du cuivre, du cobalt et de l’or. Ces matières premières ont vu leurs prix grimper respectivement de 6,8 %, 40 % et 26 % sur les derniers mois. Un retournement de tendance sur les marchés mondiaux suffirait à faire chanceler cet équilibre précaire.

Le système bancaire, lui, se replie. Les dépôts diminuent, en particulier ceux des entreprises publiques. Le crédit augmente légèrement, de 0,55 %, mais il reste concentré dans les secteurs de l’extraction (35,4 %) et des services privés (27,1 %). La dollarisation demeure écrasante : plus de 90 % des dépôts sont en devises étrangères. Les opérations interbancaires sont quasi nulles, signe d’un manque de confiance latent entre établissements.

Les interventions de la Banque Centrale, via les Bons BCC, tentent d’apporter un peu de souplesse (422 milliards injectés au 23 avril), mais ne règlent pas les causes profondes. La fragmentation du système bancaire, la faible bancarisation des populations et l’absence de mécanismes d’intermédiation solides freinent toute tentative de mobilisation de l’épargne nationale vers le financement de l’économie réelle.

La RDC donne l’image d’une économie capable de croissance, mais sans redistribution ni inclusion. Le modèle actuel concentre les performances dans un secteur unique, exposé à des risques exogènes et peu créateur d’emplois. Sans une réorientation ambitieuse vers l’agro-industrie, les services à valeur ajoutée et une politique industrielle plus offensive, le pays restera dépendant des marchés extérieurs et de l’évolution de matières premières qu’il ne transforme pas.

Il faudra plus qu’un alignement conjoncturel pour transformer cette stabilité fragile en véritable prospérité. La souveraineté économique ne peut s’acheter à la tonne de cuivre. Elle se construit avec de la vision, du temps et une volonté ferme de réformes.

— Peter MOYI

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