Le Département d’État américain valide des avancées en matière de transparence budgétaire en RDC. Dans le même temps, le gouvernement a déposé, le 15 septembre, le projet de loi de finances 2026 : 59 020,5 milliards CDF, soit 20,3 milliards USD, en hausse de 16,4 % par rapport à 2025. Cadrage macroéconomique annoncé : croissance minière à 5,8 %, inflation moyenne à 7 % et taux de change autour de 2 900 CDF/USD.
Transparence, recettes et exécution : ce qui progresse et ce qu’il faut verrouiller
Le rapport américain met en avant des pas concrets : révision budgétaire en cours d’exercice, intégration et divulgation des comptes hors budget, publication élargie des données sur les entreprises publiques (recettes et dettes), accès en ligne au projet de budget exécutif et au budget adopté. Les procédures d’attribution des contrats d’extraction sont mieux documentées, l’information sur les marchés publics circule davantage, et l’organe supérieur de contrôle a publié son audit dans des délais jugés raisonnables. Ces jalons améliorent la lisibilité des flux et réduisent l’asymétrie d’information entre l’État, les citoyens et les investisseurs.
Des zones d’ombre subsistent. L’État ne publie pas systématiquement le rapport de fin d’année, ce qui limite l’évaluation de l’écart entre prévisions et réalisations. Le contrôle parlementaire reste trop restreint pour les budgets de défense et de renseignement, alors que ces lignes pèsent sur l’équilibre global. La gouvernance du fonds souverain demeure peu transparente, qu’il s’agisse des sources d’alimentation ou des règles de retraits. Sans clarifications, la crédibilité du cadre budgétaire s’en ressent à l’étape du suivi-évaluation.
Sur 2026, la trajectoire des recettes repose d’abord sur la mobilisation interne : 36 346,1 milliards CDF (+18,6 %), dont 7 472,5 milliards CDF attendus des douanes et accises. L’enjeu opérationnel se déplace vers la qualité de la collecte et la lutte contre la fraude fiscale. Côté nominal, l’hypothèse d’inflation à 7 % et un change autour de 2 900 CDF/USD servent de garde-fous pour préserver la valeur réelle des recettes. Toute divergence sur les prix ou le change éroderait les bases fiscales et compliquerait la tenue de la cible. La réussite passera par une administration fiscale efficace, un calendrier de décaissements maîtrisé et une absorption disciplinée des financements extérieurs, afin de contenir les pressions sur la trésorerie de l’État.
Trois priorités se dégagent pour consolider la trajectoire : publier chaque année le rapport de clôture pour mesurer la performance réelle ; étendre et approfondir le contrôle parlementaire sur les postes sensibles ; définir des règles publiques et stables pour le fonds souverain. Leur mise en œuvre stabiliserait les anticipations, sécuriserait l’exécution et renforcerait l’attractivité du cadre budgétaire congolais.
— Peter MOYI



