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TICAD9 à Yokohama : la RDC met l’accent sur la transformation locale et sécurise des relais technologiques

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La délégation congolaise conduite par la Première ministre Judith Suminwa participe au TICAD9 à Yokohama (20–22 août 2025), un rendez-vous où le Japon affiche des moyens financiers et techniques qui collent aux priorités minières et industrielles de la RDC.

Au menu côté financement, Tokyo et la Banque africaine de développement ont relancé le programme EPSA6 pour 5,5 milliards $ destinés au secteur privé africain. Ce flux, accordé sur des conditions bonifiées via la JICA, vise des projets bancables, y compris dans les chaînes de valeur des métaux de la transition. Dans le même temps, le Japon a mis en avant une offre plus large : prêts concessionnels et montée en compétences IA (objectif annoncé : 30 000 spécialistes formés en trois ans), un signal utile pour la numérisation des filières.

Côté gouvernance sectorielle, la présence du nouveau ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, envoie un message de continuité avec une touche opérationnelle : l’ex-cadre d’Ivanhoe et de Kibali a été nommé le 8 août 2025, avec l’idée de fluidifier les décisions sur l’aval minier et les investissements.

La donnée géologique avance aussi : le Service géologique national du Congo (SGNC) et la société japonaise Solafune ont formalisé en juillet un MoU pour exploiter l’imagerie satellite et l’IA au service de l’exploration et de la cartographie des ressources. À Yokohama, ce partenariat est mis en avant comme un accélérateur de productivité publique : meilleure priorisation des cibles, réduction des coûts de campagnes physiques, appui à la transparence.

Sur le manganèse, Asia Minerals (Japon) et Kerith Resources ont créé la coentreprise Kivuvu Kongo Mines pour développer un gisement en province du Kongo Central. Les travaux préliminaires et l’actualisation des dossiers administratifs, discutés en marge du sommet, s’inscrivent dans une logique de diversification par rapport au couple cuivre-cobalt.

Pourquoi ces dossiers intéressent-ils tant Tokyo ? La RDC pèse lourd dans l’offre mondiale : elle a fourni environ 76 % du cobalt extrait dans le monde en 2024, et a atteint 3,3 millions de tonnes de cuivre cette même année, tirée par Kamoa-Kakula (437 000 t de cuivre en 2024, avec une nouvelle marche visée en 2025). Ces volumes ancrent le pays dans les chaînes batteries-VE et réseaux.

L’intérêt de TICAD9 est de croiser ces besoins industriels avec des solutions de financement moins coûteuses et des coopérations techniques ciblées. L’événement thématique porté par l’ONUDI/ITPO Tokyo – « Leveraging Innovation for Africa’s Industrial Transformation » (21 août) – fait exactement ce pont entre innovation, digitalisation et ancrage productif local.

Pour les investisseurs japonais, trois éléments ressortent.

  1. Prévisibilité réglementaire : la présence du nouveau ministre facilite les arbitrages sur l’aval (semi-raffinage, cathodes, matériaux actifs) et les incitations à l’implantation. Les acteurs attendent des signaux clairs sur les calendriers et la fiscalité adaptée aux unités de transformation.
  2. Qualité de la donnée : la bascule IA/télédétection (SGNC–Solafune) permet d’affiner les permis et d’accélérer les levées de fonds, avec une meilleure maîtrise des risques géologiques.
  3. Diversification matières : le manganèse en Kongo Central (Kivuvu Kongo Mines) crée une nouvelle ligne de produits pour l’écosystème batterie, utile à la stratégie industrielle japonaise.

Reste le nerf de la guerre : énergie et logistique. Les annonces de prêts concessionnels et de garanties mobilisables via le Japon et l’AfDB peuvent alléger le coût du capital pour des actifs électriques et ferroviaires, maillons encore fragiles du corridor minier congolais. Plusieurs pays, comme le Kenya, signent déjà à TICAD des financements en yen pour l’industrie et les réseaux ; la mécanique existe, la RDC peut s’y greffer avec des projets bien ficelés.

L’équation congolaise est claire : transformer davantage sur place pour capter la valeur, fiabiliser la donnée, sécuriser l’électricité et ouvrir la porte aux capitaux patients. Yokohama sert de caisse de résonance à cette trajectoire ; les prochains mois diront si les partenariats discutés ici se concrétisent en usines, lignes de production et emplois.

— M. KOSI

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