À Washington D.C., en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, la Banque centrale du Congo (BCC) a concentré ses échanges sur trois chantiers à fort impact monétaire : la deuxième revue du programme triennal appuyé par la FEC, la montée en gamme des opérations monétaires et l’achèvement de la réforme de la réserve obligatoire indexée à la monnaie de dépôt. L’objectif est clair : mieux piloter la liquidité, stabiliser le marché de change et ancrer les anticipations d’inflation.
Réserves, opérations et réserve obligatoire : leviers techniques pour ancrer la stabilité
Sur la FEC, la deuxième revue sert de test de crédibilité : elle conditionne l’accès aux décaissements et sanctionne la qualité de l’ajustement. La BCC défend une trajectoire où la consolidation des réserves de change réduit la volatilité du taux de change et sécurise la capacité d’intervention. Techniquement, un coussin de réserves plus robuste diminue le risque de chocs de liquidité en devises et renforce le rôle d’opérateur de marché de la banque centrale.
Côté opérations monétaires, la modernisation vise à rendre le signal du taux directeur plus lisible via des instruments de marché (adjudications, facilités permanentes, gestion active des excès de liquidité). Un corridor opérationnel bien calibré resserre l’écart entre taux au jour le jour et cible, ce qui améliore la transmission à l’économie réelle et limite les distorsions sur le crédit.
La réserve obligatoire par monnaie de dépôt est décisive dans un système où la dollarisation demeure élevée. En modulant l’exigence sur les dépôts en CDF et en devises, la BCC corrige les incitations qui favorisent les passifs en dollars, rééquilibre la liquidité bancaire et renforce la demande d’actifs en monnaie nationale. Effet attendu : un meilleur ancrage du franc congolais via une structure de passif bancaire moins exposée au change.
Sur le plan régional, l’échange avec la COBAC prépare la présidence de la RDC au CSBAOC en 2026. L’enjeu technique porte sur l’homogénéisation des normes prudentielles, la surveillance des risques transfrontaliers et la qualité des fonds propres, autant de facteurs qui conditionnent la résilience du système bancaire régional.
Chaîne fiduciaire : la rencontre avec le Bureau of Engraving and Printing (BEP) du Trésor américain s’inscrit dans la modernisation de l’Hôtel des Monnaies. L’intégration d’éléments de sécurité de nouvelle génération limite la contrefaçon et soutient la confiance dans les billets, tandis que l’alignement des procédés sur les standards internationaux réduit le coût de cycle de vie de la circulation fiduciaire.
Au total, la séquence de Washington combine discipline de programme (FEC), outillage opérationnel (réserves, marché monétaire) et qualité fiduciaire (BEP). Ce triptyque conditionne la stabilité des prix, la prévisibilité du financement bancaire et l’attractivité de la monnaie nationale.
— Peter MOYI



