Washington n’a encore scellé aucun accord officiel avec Kinshasa sur l’accès aux minerais congolais, mais les échanges diplomatiques se multiplient dans une atmosphère de méfiance. Une partie du Congrès américain hausse le ton, dénonçant des tractations jugées opaques et réclamant un processus clair, inclusif et respectueux des droits humains.
Le 11 août 2025, la députée démocrate Linda Sánchez, accompagnée de 51 élus, a écrit à Donald Trump et au secrétaire d’État Marco Rubio pour critiquer la conduite de négociations « secrètes » avec la RDC sur les minerais critiques. Ils reprochent à l’administration de discuter de l’avenir de ressources stratégiques comme le coltan sans impliquer le Congrès. Leur missive rappelle que l’exploitation minière dans l’est du Congo reste entachée de violations graves : travail forcé, main-d’œuvre infantile, exposition à des substances toxiques. Les parlementaires exigent donc une transparence totale et la consultation des communautés affectées. L’inquiétude monte aussi autour d’un possible conflit d’intérêts impliquant un proche du président américain dans la mine de Rubaya.
Deux mois plus tôt, le 2 juin 2025, Johnny Olszewski et Sara Jacobs, élus membres de la Commission des affaires étrangères, ont adressé leurs interrogations au conseiller du Département d’État, Massad Boulos. Leur lettre s’intéresse à la double dimension des discussions : d’un côté, le rôle américain dans les pourparlers de paix entre la RDC et le Rwanda ; de l’autre, la perspective d’un accord minier. La « Déclaration de principes » signée le 25 avril 2025 entre Washington, Kinshasa et Kigali promet à la fois un engagement pour la paix et des investissements américains. Mais, pour ces élus, le texte reste muet sur la manière de garantir une exploitation minière responsable et une aide humanitaire renforcée dans les zones touchées par le conflit. Ils insistent sur l’importance de s’attaquer aux racines du problème : gouvernance fragile, litiges fonciers, fractures ethniques.
Dans ses colonnes, Associated Press évoque cette déclaration d’avril comme une porte entrouverte vers l’accès des États-Unis aux minerais stratégiques, mais surtout comme un préambule à un processus de paix régional. De son côté, Africa Confidential souligne que cinq élus démocrates réclament des précisions sur les « termes et conditions » d’un futur accord et veulent savoir pourquoi le Congrès a été tenu à l’écart.
À ce stade, aucune loi n’encadre un éventuel partenariat minier entre Washington et Kinshasa. Les multiples lettres envoyées par les élus traduisent un message clair : pas d’aval sans garanties sur la protection des droits humains, le respect de l’environnement et la participation du Congrès. Si un accord devait voir le jour, il devra franchir cet obstacle politique avant de devenir réalité.
— M. KOSI

