Le corridor de Lobito, présenté comme un axe stratégique pour l’exportation des minerais, soulève une question directe : profitera-t-il réellement à l’économie locale en RDC ? Une prise de position de Madame Audrey Mbwinga, cadre de Kamoa Copper S.A., relance le débat sur les bénéfices concrets pour les populations. Derrière ce projet ferroviaire, l’objectif est clair : faciliter le transport des ressources vers l’océan Atlantique et réduire les coûts logistiques.
Mais pour plusieurs acteurs économiques, l’enjeu dépasse la seule performance du transport. La vraie question est celle de l’impact sur le développement local. Aujourd’hui, le risque évoqué est celui d’un modèle centré sur l’exportation brute des minerais, avec peu d’effets sur l’emploi ou les revenus des communautés. La croissance peut apparaître dans les chiffres, sans se traduire dans le quotidien.
Le contenu local devient un enjeu central pour l’économie

Lors d’échanges organisés dans le cadre de la Fédération des entreprises du Congo, plusieurs préoccupations ont été mises en avant. Elles concernent d’abord l’accès des entreprises congolaises aux marchés liés au projet. Les PME locales veulent participer, mais elles manquent souvent de financement, de formation et de capacités techniques pour répondre aux exigences. La question de l’inclusion des jeunes et des femmes revient aussi avec insistance, car le corridor peut générer des emplois, à condition que ces opportunités restent accessibles au niveau local.
Les discussions ont également porté sur les activités indirectes qui peuvent se développer autour de cette infrastructure. La logistique, la maintenance et les services représentent des sources de revenus importantes, mais elles nécessitent des investissements complémentaires dans les routes secondaires, l’énergie et les zones industrielles. Sans cet accompagnement, la valeur ajoutée risque de se concentrer en dehors du pays. Plusieurs intervenants alertent sur un scénario où les segments les plus rentables seraient dominés par des entreprises étrangères mieux structurées, ce qui limiterait les retombées pour l’économie nationale.
Pour éviter cette situation, des pistes concrètes sont évoquées. Il s’agit notamment de renforcer la formation professionnelle, d’améliorer l’accès au financement pour les entreprises locales et de mettre en place des règles qui favorisent leur participation. Le message adressé aux autorités et aux investisseurs est simple : financer uniquement l’infrastructure ne suffit pas, il faut aussi construire un tissu économique capable d’en tirer profit.
Au-delà des aspects économiques, la question touche aussi à la stabilité sociale. Un projet qui crée des opportunités locales peut renforcer l’adhésion des populations et limiter les tensions. À l’inverse, une exploitation perçue comme excluante peut nourrir des frustrations. Le corridor de Lobito apparaît ainsi comme un test concret sur la capacité de la RDC à transformer ses ressources naturelles en développement durable au niveau local.
— Peter MOYI


