Le 4 décembre 2025 à Washington, la RDC et les États-Unis ont signé un accord de partenariat stratégique, déjà entré en vigueur. Kinshasa doit transmettre au Comité directeur conjoint une liste de projets dans les 30 jours, et la première réunion du Comité est attendue dans un délai de 90 jours.
L’accord prévoit une coopération dans les domaines économique et commercial, institutionnel, ainsi que de la gouvernance. Sur le papier, il est actif depuis le jour de la signature. Dans les faits, sa mise en mouvement dépend du démarrage du Comité directeur conjoint, qui doit d’abord identifier, avec les deux parties, les projets à développer.
Le vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, désigné coprésident du Comité côté congolais, a rappelé le premier engagement attendu de Kinshasa. « Il nous revient, à nous gouvernement de la RDC, de fournir au Comité directeur conjoint cette liste de projets dans les 30 jours après l’entrée en vigueur de cet accord », a-t-il déclaré, en situant le point de départ au 4 décembre 2025, date de signature.
Lors d’un briefing de presse à visée pédagogique, Mukoko Samba a donné des exemples de projets que la RDC pourrait inscrire dans cette liste. « Ce sera à nous de faire le choix d’y mettre soit Inga 3, la RN3, la RN4, ou une autoroute Banana-Kinshasa, etc. » L’enjeu, selon lui, est de s’appuyer sur l’accord pour « mobiliser les financements appropriés » afin de transformer ces intentions en chantiers.
L’accord, a-t-il ajouté, met déjà deux projets en avant, chacun dans un article distinct : Inga et le corridor de Lobito. Cette mention explicite ne remplace pas la liste attendue de la RDC, mais elle donne un signal sur les priorités déjà identifiées par les deux pays.
Quels projets entrent dans l’accord et ce que Kinshasa promet aux investisseurs
Mukoko Samba insiste sur un point : l’accord ne se limite pas aux minerais. Il parle d’industrialisation, et donc d’électricité, de logistique et d’infrastructures. Dans sa lecture, industrialiser la RDC suppose de résoudre des goulots d’étranglement très concrets : l’énergie pour les usines, des routes et ponts pour évacuer la production, des plateformes logistiques pour connecter le pays aux marchés.
À ce titre, il décrit trois catégories de projets prévues par le document, avec des critères précis.
Première catégorie, les projets stratégiques, présentés comme ceux qui soutiennent la transformation industrielle du pays. Mukoko Samba cite plusieurs objectifs : créer de la valeur ajoutée, créer des emplois, et renforcer les capacités. Il ajoute des critères liés à l’économie réelle : des projets capables de renforcer les infrastructures, les systèmes énergétiques et technologiques, afin de diversifier l’économie congolaise et de l’intégrer dans des chaînes de valeur régionales et mondiales. Il évoque aussi des projets ayant une dimension de stabilité : soutenir la paix, la stabilité et l’autorité de l’État, ainsi que le développement inclusif et l’amélioration des moyens de subsistance.
Deuxième catégorie, des projets miniers à développer sur des concessions appartenant totalement à l’État et présentées comme libres de tout engagement. L’idée, selon Mukoko Samba, est que la RDC identifie ces concessions et que les deux parties sélectionnent ensuite des entreprises pour porter les projets, en respectant le code minier congolais et les autres lois du pays. Il met en avant une convergence d’intérêts : pour la RDC, la transformation locale des minerais, pour les États-Unis, l’accès aux minerais critiques.
Troisième catégorie, les projets stratégiques qualifiés. Ici aussi, il s’agit de projets miniers, mais pouvant partir de concessions où l’État n’est pas majoritaire. La logique annoncée est de faire entrer de nouveaux investisseurs pour développer ces projets, là où c’est possible.
L’accord prévoit un calendrier de lancement pour le Comité directeur conjoint. Mukoko Samba indique que la première réunion doit se tenir dans les 90 jours suivant l’entrée en vigueur. Il situe donc l’échéance « au plus tard à la mi-mars », avec une organisation possible en visioconférence ou en présentiel, alternativement aux États-Unis ou en RDC.
Sur la question des financements, le ministre de l’Économie nationale estime que les investisseurs viendront après l’identification des projets. « Les investisseurs viendront lorsque le Comité va commencer son travail et que les projets auront été identifiés », a-t-il expliqué, en décrivant ensuite une démarche conjointe pour aller chercher des investisseurs jugés adaptés.
Au-delà de la liste de projets, Mukoko Samba affirme que le gouvernement congolais a voulu rassurer les investisseurs sur la visibilité des règles. Il dit que la RDC s’engage à amender, dans les 12 mois, la loi de janvier 2014 liée au « programme sinocongolais », afin de donner des garanties aux investisseurs intéressés par les trois catégories de projets.
L’accord prévoit aussi, selon lui, une assistance technique et un appui à la gouvernance. Deux axes sont mis en avant : la lutte contre la corruption et le renforcement des capacités de l’administration publique.
Un autre point abordé concerne l’exploitation minière artisanale, qualifiée de dossier sensible. Mukoko Samba estime qu’il faut éviter que cette exploitation devienne un facteur d’insécurité pour les investisseurs formels et un canal de financement pour des groupes armés. Il parle d’un « foyer de prolifération » de groupes armés et de financement d’activités terroristes, et appelle à « énormément d’efforts » pour encadrer cette réalité.
Pour Kinshasa, le premier test est immédiat : produire, dans le délai de 30 jours à compter du 4 décembre 2025, une liste de projets suffisamment claire pour lancer le travail du Comité et enclencher la recherche de financements annoncée par l’accord.
— M. KOSI



