Rio Tinto et Glencore confirment être engagés dans des discussions préliminaires sur un rapprochement pouvant couvrir une partie, voire l’ensemble, de leurs activités. Aucune offre ferme n’a été déposée. En République démocratique du Congo, où Glencore contrôle deux mines clés de cuivre et de cobalt, Kamoto et Mutanda, le dossier est suivi de près, car il touche à des volumes qui pèsent sur les exportations et les entrées de devises.
Les deux groupes insistent sur le caractère exploratoire des échanges et sur l’incertitude qui entoure leur issue. Ils rappellent aussi qu’une éventuelle transaction devrait franchir plusieurs étapes réglementaires, un passage obligé pour une opération de cette taille.
En RDC, Glencore détient 70 pour cent de la mine de Kamoto et 95 pour cent de Mutanda. Les permis de ces sites expirent respectivement en 2039 et 2037. En 2024, les deux mines ont produit 224 500 tonnes de cuivre et 35 100 tonnes de cobalt, malgré un recul de 7 pour cent et 10 pour cent par rapport à 2023. Ces chiffres comptent pour l’économie congolaise, car le cuivre et le cobalt sont des piliers des recettes d’exportation et, par ricochet, des flux en dollars qui alimentent le marché des changes.
Sur le scénario évoqué, Glencore explique que l’hypothèse étudiée serait une acquisition par Rio Tinto via un arrangement approuvé par un tribunal, un mécanisme courant au Royaume Uni pour ce type d’opérations. Rio Tinto confirme, de son côté, des discussions préliminaires et précise qu’il pourrait ajuster la forme et la composition de la contrepartie, si une offre devait être formulée. En clair, la structure financière, actions, numéraire ou combinaison, reste ouverte, comme souvent dans les grandes transactions minières.
Un élément de calendrier est déjà posé. Rio Tinto a jusqu’au 5 février 2026 à 17 h, heure de Londres, pour annoncer une intention ferme de faire une offre ou, au contraire, son absence d’intention de le faire. Cette échéance ne préjuge pas du résultat, mais elle fixe un point de passage attendu par les marchés.
Cuivre en hausse, cobalt sous tension, les signaux qui alimentent les projets de regroupement
Ces discussions interviennent alors que les deux métaux n’envoient pas les mêmes signaux. Le cuivre a enregistré une hausse de 44 pour cent en 2025, avec un record à 12 960 dollars la tonne sur le London Metal Exchange. Le mouvement est attribué à un dollar plus faible, à la demande portée par l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables, ainsi qu’à des perturbations minières. Les analystes cités évoquent une tendance encore favorable en 2026.
Pour la RDC, un cuivre cher peut signifier davantage de revenus à l’exportation, à condition que les volumes suivent et que les circuits de paiement et de rapatriement de devises fonctionnent correctement. Ces entrées de dollars jouent sur l’équilibre du marché des changes, un point central en politique monétaire. Plus les devises sont disponibles sur le marché officiel, plus la pression sur la monnaie locale peut se relâcher, avec un effet possible sur le coût des importations.
Le cobalt évolue dans un environnement plus heurté. Le texte indique que l’embargo sur les exportations imposé par la RDC a entraîné une hausse de plus de 100 pour cent des prix, à 53 355 dollars la tonne au 31 décembre 2025. Mais le marché reste exposé aux cycles de surproduction et aux évolutions technologiques des batteries, qui peuvent réduire ou déplacer la demande. Pour les producteurs, cela complique la planification des investissements, car les cours peuvent monter vite, puis se retourner.
Dans ce contexte, la consolidation revient au centre du jeu. Regrouper des actifs permet de sécuriser des volumes, de partager le coût d’investissements lourds et de mieux absorber les cycles de prix. Des analystes de Jefferies, cités par Reuters, estiment qu’il existe une voie vers une création de valeur pour les deux parties, tout en notant que la structure d’un rapprochement reste incertaine. Reuters avance aussi qu’une opération pourrait donner naissance au plus grand groupe minier mondial, avec une capitalisation boursière combinée proche de 207 milliards de dollars, un indicateur de taille sur les marchés, pas une enveloppe de trésorerie.
Le texte rappelle enfin que le mouvement de rapprochement ne serait pas isolé, Teck Resources et Anglo American sont cités parmi des acteurs évoqués dans des discussions de consolidation. Si une opération aboutissait, elle pourrait faire émerger un producteur de cuivre classé parmi les cinq premiers mondiaux, avec une capitalisation boursière de plus de 50 milliards de dollars. Pour l’heure, une seule certitude, les échanges restent préliminaires, et la date du 5 février 2026 servira de premier test de crédibilité pour la suite.
Joldie KAKESA



