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RDC, projet Mifor, un pari à 28,9 milliards USD sur le fer, avec la question du financement et des prix en toile de fond

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Last updated: janvier 18, 2026 7:34 am
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il y a 4 mois
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Minerais stratégiques
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Le 9 janvier 2026, le gouvernement congolais a examiné un projet d’exploitation du fer dans l’ex-province Orientale, baptisé Mines de fer de la grande Orientale (Mifor). Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, avance un investissement initial de 28,9 milliards USD pour la première phase et une montée en puissance jusqu’à 300 millions de tonnes par an.

L’annonce donne une idée de l’ambition. Elle ouvre aussi une série de questions très concrètes sur la « bancabilité » du projet, la stabilité macroéconomique et le risque de prix sur un marché mondial du fer déjà très sensible aux nouveaux volumes.

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Le 9 janvier 2026, le gouvernement congolais a examiné un projet d’exploitation du fer dans l’ex-province Orientale, baptisé Mines de fer de la grande Orientale (Mifor). Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, avance un investissement initial de 28,9 milliards USD pour la première phase et une montée en puissance jusqu’à 300 millions de tonnes par an.Un projet minier, mais aussi un sujet de macroéconomie et de crédibilité financière

Un projet minier, mais aussi un sujet de macroéconomie et de crédibilité financière

Sur le papier, Mifor se veut une diversification. La RDC reste connue pour le cuivre et le cobalt. Le fer change d’échelle et change de contraintes. Le document présenté au Conseil des ministres indique que les réserves visées se trouvent dans l’ancienne province Orientale, aujourd’hui partagée entre Ituri, Haut-Uélé, Bas-Uélé et Tshopo. Les réserves sont estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes, avec une teneur moyenne annoncée supérieure à 60 %. La teneur correspond à la proportion de fer dans le minerai. Plus elle est élevée, plus le minerai est généralement valorisé, car il demande moins de traitement pour être transformé.

Mais le compte rendu ne précise pas la méthodologie de ces estimations. Or, dans l’industrie minière, la crédibilité des chiffres dépend des standards de mesure, des campagnes de forage, des audits et des classifications de ressources. Sans ces précisions, les marchés et les financeurs restent prudents.

Le plan de développement présenté se déroule en plusieurs phases. La première annoncerait 50 millions de tonnes par an, puis une montée progressive vers 300 millions de tonnes par an. Ce niveau de production change immédiatement la lecture macroéconomique. Un tel volume suppose des infrastructures lourdes, une énergie abondante et une logistique fiable. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir une mine. Il faut construire une chaîne industrielle complète, avec des coûts fixes élevés et des engagements financiers de long terme.

Le schéma intègre d’ailleurs un corridor logistique « multimodal » combinant un chemin de fer lourd, la voie fluviale et une connexion au port en eaux profondes de Banana. Pour un pays, un corridor de ce type a des effets qui dépassent la mine. Il influence la balance commerciale, les recettes publiques, la demande en devises et, à court terme, la pression sur les importations d’équipements.

C’est là que l’angle de politique monétaire devient central. Un projet à 28,9 milliards USD ne se finance pas uniquement par des recettes internes. Il implique, tôt ou tard, des flux massifs en devises, des garanties, des montages de dette, des apports en capital et des contrats long terme. Chaque option a une empreinte macroéconomique.

  • Si le financement repose davantage sur de la dette externe, la question devient celle de la soutenabilité et du profil de remboursement.
  • Si l’État doit participer de manière significative, la pression peut se déplacer vers le budget, donc vers le besoin de financement public.
  • Si les importations d’équipements explosent au démarrage, la demande en dollars augmente, avec un effet possible sur le marché des changes si les entrées de capitaux ne suivent pas au même rythme.

Dans cette séquence, la « crédibilité » du projet n’est pas un mot vague. Elle se mesure par la qualité du montage, la transparence des hypothèses, la gouvernance, la capacité à sécuriser des partenaires et à limiter les risques pour les finances publiques.

Le ministre des Mines avance, sur une projection de 25 ans, un chiffre d’affaires cumulé de 679,3 milliards USD et un « cash-flow net » de 308,2 milliards USD, sur la base d’« hypothèses prudentes de marché ». Le cash-flow net renvoie aux flux de trésorerie générés par le projet après une partie des dépenses, selon la définition retenue. Ces chiffres donnent un ordre de grandeur, mais ils ne disent pas quels prix du fer sont retenus, quels coûts logistiques sont anticipés, quelles charges fiscales s’appliquent, ni quelle part revient à l’État.

Justement, le document évoque des « retombées substantielles et diversifiées » pour l’État, sans montant. Pour un lecteur non spécialiste, c’est un point clé. Les retombées, ce sont les taxes, redevances, impôts, dividendes éventuels, emplois et achats locaux. Sans chiffres, il est difficile d’évaluer l’impact réel sur le budget, donc sur la capacité de l’État à financer des politiques publiques sans créer de déséquilibres.

Autre élément déterminant, le risque de prix. Le texte indique que la tonne de fer s’échange autour de 105 USD au moment de la présentation. Le problème est que le prix du fer est cyclique. Il dépend de la demande mondiale, notamment des grands pays consommateurs, et de l’offre, surtout quand de nouveaux gisements géants arrivent sur le marché.

Le compte rendu cite l’entrée en production annoncée de Simandou, en Guinée. Si le calendrier est respecté, cette mine pourrait produire jusqu’à 120 millions de tonnes dès 2028. Un afflux de volumes de cette taille peut tirer les prix vers le bas à moyen terme. Pour un projet comme Mifor, cela change tout. Une baisse durable du prix réduit les marges, complique le remboursement de la dette et rend les banques plus exigeantes sur les garanties.

Dans un langage de finance de projet, cela se traduit par des conditions de financement plus strictes, des clauses de protection, et parfois un besoin de contrats long terme pour stabiliser une partie des revenus. Ce sont des éléments qui, en bout de chaîne, peuvent conditionner le calendrier de mise en œuvre.

À ce stade, le gouvernement ne revendique pas d’engagement formel. Le document souligne l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux disposant de capacités reconnues de structuration et de financement, sans citer de noms. L’exécutif y voit un signal favorable de « bancabilité » et de crédibilité internationale, tout en précisant qu’il n’y a « sans préjuger des décisions souveraines à venir » et « sans créer d’engagement juridique à ce stade ».

En clair, l’État annonce une direction, mais les paramètres décisifs restent ouverts : partenaires, modalités de financement et calendrier opérationnel. Pour la stabilité économique, c’est un point à surveiller. Car l’annonce d’un projet géant crée des attentes, parfois sur les marchés, parfois dans l’opinion. Si les étapes techniques prennent du retard, ou si le prix du fer se retourne, le risque est de voir l’écart se creuser entre la promesse et la réalisation.

Dans l’immédiat, l’exécutif a acté la création d’une commission interministérielle élargie pour assurer le pilotage stratégique, la coordination et la structuration progressive. C’est une étape administrative, mais elle dit quelque chose : le gouvernement veut cadrer le projet avant d’entrer dans la phase d’engagement. Pour les investisseurs, ce type de gouvernance peut rassurer si elle s’accompagne de transparence, de règles claires et d’un calendrier réaliste.

Le projet Mifor se présente donc comme un dossier minier, mais aussi comme un test de discipline économique. La question n’est pas seulement « combien de tonnes ». Elle est aussi « à quelles conditions », « avec quels risques » et « avec quelle capacité à protéger les équilibres budgétaires et la stabilité du marché des changes ».

— Joldie KAKESA

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