La République démocratique du Congo prépare la commercialisation internationale du lithium extrait à Manono, dans la province du Tanganyika. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a reçu lundi 13 juillet 2026 à Kinshasa Kévin Wang, représentant en RDC de la société Manono Lithium, pour examiner les conditions d’exportation de la production.
Le ministère s’est engagé à accompagner l’entreprise dans les procédures nécessaires à l’évacuation du minerai vers les marchés internationaux. Une partie de la production est déjà acheminée et sécurisée au port de Kalemie, mais son volume et la nature exacte du produit stocké n’ont pas été précisés.
Cette étape rapproche la RDC de sa première exportation industrielle de lithium. Le projet développé par Manono Lithium, une coentreprise contrôlée par le groupe chinois Zijin Mining aux côtés de la société publique Cominière, devait commencer sa production en juin 2026. La première phase prévoit le traitement d’environ 500 000 tonnes de concentré de spodumène par an, avec une unité destinée à produire près de 95 000 tonnes de sulfate de lithium.
Une capacité annuelle visée d’un million de tonnes

À pleine capacité, le projet prévoit de produire environ un million de tonnes de concentré de spodumène par an. Les données publiées par Zijin Mining indiquent également une capacité proche de 100 800 tonnes de sulfate brut de lithium, à partir d’un dispositif minier et industriel conçu pour traiter cinq millions de tonnes de minerai chaque année.
Le gouvernement demande toutefois que l’exportation ne se limite pas au concentré minier. Julien Paluku a invité l’entreprise à transformer localement une partie de la production en sulfate de lithium avant son expédition. Cette opération permettrait à la RDC de conserver une part plus importante de la valeur générée par le minerai et de créer des activités industrielles autour du traitement, de la logistique et de la maintenance.
Le sulfate de lithium constitue un produit intermédiaire utilisé dans la fabrication de matériaux destinés aux batteries rechargeables. Sa production locale représenterait donc un niveau de transformation supérieur à l’exportation directe du concentré, même si les étapes les plus rentables de la chaîne restent la fabrication des composants de batteries et des cellules.
L’exploitation du gisement intervient dans un contexte juridique encore sensible. La partie nord du projet a été attribuée à Manono Lithium après le retrait d’un permis précédemment détenu par l’entreprise australienne AVZ Minerals. Cette dernière poursuit des procédures d’arbitrage contre la RDC et conteste certaines décisions prises sur le projet. Zijin Mining affirme, de son côté, disposer de droits valides et poursuit ses opérations.
Kalemie devient le point de sortie de la production
Le choix du port de Kalemie place les infrastructures de transport parmi les conditions déterminantes du projet. Le lithium extrait à Manono doit parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’atteindre le lac Tanganyika, puis poursuivre son trajet vers les marchés extérieurs.
La récente réduction du péage appliqué aux grands camions sur l’axe Manono–Kalemie pourrait alléger une partie des coûts logistiques. L’état de la route, les délais de transport, les capacités portuaires et la fluidité des formalités douanières pèseront néanmoins sur la compétitivité du lithium congolais.
Le début des exportations devra également permettre de préciser les volumes réellement produits, les destinations commerciales, la valeur déclarée des cargaisons et les recettes attendues pour l’État. Ces informations seront nécessaires pour mesurer l’apport économique de la filière au-delà des capacités annoncées par l’entreprise.
Pour la RDC, le lancement de la production à Manono élargit un secteur minier encore dominé par le cuivre et le cobalt. L’enjeu sera désormais de ne pas reproduire un modèle fondé principalement sur l’expédition de matières peu transformées. L’accompagnement annoncé par le ministère du Commerce extérieur devra donc associer facilitation des exportations, contrôle de la traçabilité et respect des engagements de transformation locale.
— M. KOSI









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