Félix Tshisekedi a réaffirmé à N’Djamena l’objectif de porter l’accès à l’eau potable à 60 % en RDC d’ici 2035, contre 50 % pour l’assainissement et l’hygiène. La réalisation de ces engagements nécessiterait 20 milliards USD, dont 14,71 milliards ne sont pas encore mobilisés.
Le Président congolais a présenté, mercredi 15 juillet 2026, cinq orientations lors de l’ouverture du Forum africain de l’eau organisé à N’Djamena. Elles portent sur l’intégration des politiques publiques, l’amélioration de la gouvernance, la préparation de projets susceptibles d’attirer les investisseurs, la mobilisation des financements et le développement d’une industrie africaine des équipements hydrauliques. La rencontre, organisée les 15 et 16 juillet sous la direction du président tchadien Mahamat Idriss Déby et de la Banque mondiale, réunit des représentants de 25 pays, des institutions financières et des opérateurs privés.
Les objectifs chiffrés présentés par Félix Tshisekedi ne constituent toutefois pas un nouveau financement annoncé pendant le forum. Ils reprennent les engagements du Pacte présidentiel congolais pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement, publié en 2026. Ce document prévoit de porter l’accès à l’eau potable à 60 %, celui à l’assainissement et à l’hygiène à 50 %, puis d’assurer des services adaptés dans au moins 80 % des écoles et des établissements de santé à l’horizon 2035.
Un déficit de financement estimé à 14,71 milliards USD

Le coût nécessaire pour atteindre ces cibles est estimé à 20 milliards USD sur la période allant de 2026 à 2035, soit environ 2 milliards USD par an. Ce besoin annuel représente près de vingt fois les dépenses moyennes actuellement consacrées au secteur, toutes sources de financement confondues. Sur l’enveloppe totale, 10 milliards USD devraient financer l’eau potable, 8 milliards l’assainissement et l’hygiène, 1,95 milliard les infrastructures dans les écoles et les centres de santé, tandis que 50 millions USD seraient affectés à la gouvernance et aux systèmes de suivi.
Le Pacte évalue à 14,71 milliards USD les ressources qui ne sont pas encore engagées. Les financements déjà identifiés représenteraient donc environ 5,29 milliards USD, selon un calcul de Lepoint.cd effectué à partir du coût total annoncé. La réussite du programme dépendra ainsi de la capacité de l’État à inscrire davantage de crédits dans ses budgets, à améliorer leur exécution et à mobiliser les partenaires internationaux, les investisseurs privés et les financements climatiques. Le document prévoit également une réforme des tarifs, des garanties pour les investissements privés et une amélioration de la gestion de la Regideso, sans préciser encore quelle part du déficit sera directement supportée par les finances publiques.
L’écart à combler ne concerne pas uniquement les ménages. En 2023, 58 % des établissements scolaires congolais ne disposaient toujours pas de services d’eau potable et 13 % n’avaient aucun service d’assainissement, selon les données reprises dans le Pacte. Dans les structures sanitaires, 30 % des établissements n’avaient pas accès à l’eau potable et 36 % ne disposaient pas de latrines ou de toilettes jugées satisfaisantes. À l’échelle de la population, l’UNICEF indique que 43 % des Congolais utilisent au moins un service de base d’approvisionnement en eau et seulement 15 % un service d’assainissement de base. Ces indicateurs ne reposent pas toujours sur les mêmes définitions, ce qui impose de conserver une méthode de mesure stable pour suivre les progrès jusqu’en 2035.
L’industrialisation proposée reste à construire
La cinquième orientation défendue par Félix Tshisekedi consiste à produire davantage d’équipements hydrauliques en Afrique. Le Président a notamment cité les tuyaux, les pompes, les compteurs, les systèmes d’irrigation, les équipements de traitement et les solutions numériques. Cette approche pourrait réduire la dépendance aux importations et conserver une partie de la dépense d’infrastructure dans les économies africaines. Elle nécessitera cependant des normes techniques, une demande publique prévisible, un accès au crédit, une énergie disponible et des marchés suffisamment importants pour rendre les unités de production rentables.
La Banque mondiale estime que plus de 400 millions de personnes en Afrique n’ont toujours pas accès à un service de base d’eau potable et que plus de 700 millions restent privées d’un assainissement de base. L’institution avertit également que les contraintes liées à l’eau pourraient entraîner des pertes de produit intérieur brut allant jusqu’à 6 % dans certaines régions. Le forum de N’Djamena doit donc rapprocher les politiques publiques, les projets techniquement préparés et les financements disponibles, plutôt que se limiter à de nouvelles déclarations.
Pour la RDC, le premier indicateur ne sera pas l’annonce des objectifs de 60 %, 50 % et 80 %, mais la réduction progressive du déficit de financement de 14,71 milliards USD. Les budgets annuels, les projets effectivement lancés et l’évolution vérifiable de l’accès à l’eau permettront de mesurer si les engagements de 2035 se transforment en services disponibles pour la population.
— Joldie KAKESA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.