Budget 2027 en RDC, les ministères appelés à justifier leurs crédits par des résultats

La Rédaction

La préparation du Projet de loi de finances 2027 entre dans une séquence consacrée à l’évaluation des politiques publiques. Le Vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito Mfumutshi, a ouvert lundi 13 juillet 2026, au Centre financier de Kinshasa, les Conférences de performance destinées à examiner les programmes, les objectifs et les besoins financiers des administrations publiques.

Les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 23 juillet. Ils réunissent pour la première fois les 43 ministères sectoriels, la Primature, les budgets annexes et les comptes d’affectation spéciale. Lors de l’exercice précédent, 21 ministères et leurs secrétariats généraux avaient pris part à cette démarche. Le gouvernement présente cet élargissement comme une préparation au passage généralisé au budget-programme, prévu le 1er janvier 2028.

Pendant dix jours, les administrations devront revoir leurs priorités, préciser les résultats attendus et proposer des indicateurs permettant d’évaluer l’utilisation des crédits publics. L’objectif consiste à éviter que le budget soit uniquement présenté comme une succession de dépenses de fonctionnement, de salaires ou d’investissements, sans lien suffisamment clair avec les services rendus à la population.

Dans son intervention, Adolphe Muzito a appelé les responsables publics à poursuivre la réforme avec méthode et rigueur. Il estime que le budget doit devenir un outil de développement, de régulation économique et de création de valeur publique. Le secrétaire exécutif du Comité d’orientation de la réforme des finances publiques, Godefroid Misenga, a également réaffirmé l’accompagnement des partenaires techniques et financiers.

Chaque ministère devra expliquer l’usage et l’effet de ses crédits

Le budget-programme modifie la logique de préparation et de contrôle des finances publiques. Dans un budget principalement fondé sur les moyens, l’administration présente les sommes nécessaires pour payer le personnel, assurer le fonctionnement des services, acheter des équipements ou réaliser des investissements. Dans une approche fondée sur la performance, ces dépenses doivent être rattachées à des programmes, à des objectifs mesurables et à des résultats attendus.

Un ministère chargé des infrastructures devra, par exemple, préciser les routes à construire ou à réhabiliter, les délais prévus et les effets recherchés sur la mobilité. Celui de la Santé devra relier ses crédits à des résultats tels que l’équipement des établissements, la couverture des soins ou l’amélioration de la prise en charge. Cette méthode doit permettre au Parlement et aux organes de contrôle de comparer les engagements annoncés avec les réalisations obtenues.

Le guide officiel d’élaboration des projets annuels de performance prévoit que chaque ministère présente sa stratégie, ses programmes, ses objectifs, ses indicateurs, ses effectifs et l’évolution de ses crédits. Les valeurs retenues doivent rester cohérentes avec les ressources disponibles et être suffisamment réalistes pour permettre une évaluation en fin d’exercice.

La RDC expérimente progressivement cette gestion axée sur les résultats. Les Projets annuels de performance annexés au budget 2025 couvraient vingt ministères. Ils présentaient, pour chaque programme, les objectifs poursuivis, les indicateurs retenus et la projection des crédits sur plusieurs années. L’extension actuelle aux 43 ministères marque donc un élargissement du dispositif à l’ensemble du gouvernement.

Ces conférences devront aussi améliorer la qualité des demandes budgétaires. Une administration ne devrait plus obtenir une augmentation de crédits sur la seule base de ses dépenses antérieures. Elle devra démontrer la pertinence de ses priorités, expliquer les résultats déjà obtenus et justifier les nouvelles ressources sollicitées.

La réforme devra encore passer l’épreuve de l’exécution

L’adoption d’indicateurs ne garantit pas, à elle seule, une meilleure gestion de l’argent public. Pour être utiles, les objectifs doivent être précis, vérifiables et directement liés aux responsabilités du ministère concerné. Des indicateurs trop généraux ou impossibles à mesurer permettraient aux administrations de déclarer des performances sans apporter de preuves suffisantes.

Le second défi concerne la disponibilité effective des crédits. Un ministère peut présenter un programme cohérent sans pouvoir l’exécuter lorsque les fonds sont libérés tardivement, partiellement ou réorientés vers d’autres dépenses. L’évaluation de la performance devra donc prendre en compte les moyens réellement mis à la disposition des gestionnaires, et pas seulement les montants inscrits dans la loi de finances.

La réforme prévoit également la production de Rapports annuels de performance. Ces documents doivent présenter les résultats obtenus, expliquer les écarts avec les objectifs et accompagner la reddition des comptes. Ils sont destinés à renforcer l’information du Parlement et l’obligation de rendre compte des responsables publics.

Le PLF 2027 servira ainsi de test avant l’application annoncée du budget-programme en 2028. Le gouvernement devra vérifier si les ministères disposent des données, des équipes et des outils nécessaires pour suivre leurs indicateurs. Il faudra aussi s’assurer que les engagements de performance ne restent pas limités aux documents préparés à Kinshasa.

Pour la population, la réforme ne sera perceptible que si elle améliore concrètement la qualité des services publics. La véritable performance budgétaire se mesurera dans l’état des écoles, des hôpitaux, des routes, des services administratifs et des infrastructures financées par l’État. Le passage au budget-programme doit donc permettre de savoir non seulement combien l’administration dépense, mais surtout ce que chaque dépense produit.

— M. KOSI

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