La stabilité récente du dollar ne suffit pas à soulager les ménages à Kinshasa. Dans plusieurs points de vente, les produits de première nécessité continuent d’afficher des prix élevés, alors que les familles espéraient une détente progressive après l’accalmie observée sur le marché de change.
Le sac de riz de 25 kilos, vendu autour de 42 000 CDF, atteint désormais 78 000 CDF dans certains marchés, soit une hausse de plus de 85 %. Le sucre suit la même tendance, passant de 14 000 CDF à 22 000 CDF, une augmentation d’environ 57 %. Les produits surgelés, très consommés dans la capitale, connaissent également une pression à la hausse, ce qui réduit davantage la capacité d’achat des ménages.
Cette situation montre que le prix du dollar n’explique pas tout. Même lorsque le taux de change se stabilise, les prix peuvent rester élevés à cause des coûts de transport, des marges commerciales, des difficultés d’approvisionnement, des taxes, des frais informels et des perturbations logistiques. Pour le consommateur, le résultat est direct. Le billet garde peut-être sa valeur au change, mais le panier ménager, lui, continue de se vider.
Le Kinois pris entre embouteillages et vie chère
La hausse des prix arrive dans un contexte déjà difficile pour les habitants de Kinshasa. Les embouteillages réduisent la productivité, allongent les trajets et augmentent les dépenses quotidiennes. Un travailleur peut perdre plusieurs heures sur la route avant même d’affronter les prix du marché. Cette double pression frappe les ménages au revenu fixe, les petits commerçants, les fonctionnaires, les chauffeurs, les journaliers et les familles nombreuses.
La flambée du riz, du sucre et des produits surgelés touche des biens qui entrent directement dans la consommation quotidienne. Contrairement à certains produits que l’on peut reporter ou remplacer facilement, ces denrées constituent la base de nombreux repas. Quand elles augmentent, les ménages réduisent les quantités, changent leurs habitudes alimentaires ou sacrifient d’autres dépenses, comme le transport, la santé, l’école ou l’épargne.
Le problème devient donc social autant qu’économique. Une stabilité monétaire qui ne se voit pas dans les marchés produit un sentiment de décalage entre les indicateurs officiels et la réalité vécue par les ménages. Pour beaucoup de Kinois, la question n’est pas de savoir si le dollar est stable, mais combien coûte aujourd’hui un repas familial.
La stabilité du dollar doit atteindre les marchés
Le gouvernement et les services économiques doivent regarder au-delà du taux de change. La baisse ou la stabilité du dollar ne peut produire un effet réel que si les circuits d’approvisionnement fonctionnent mieux, si les coûts logistiques diminuent et si les contrôles permettent d’éviter les hausses abusives. Il faut aussi suivre les stocks, les prix de gros, les frais de transport et les comportements spéculatifs dans les marchés.
Dans une ville dépendante de nombreux produits importés ou acheminés depuis l’intérieur du pays, les prix restent très sensibles aux blocages sur les routes, aux congestions, aux ruptures d’approvisionnement et aux coûts de distribution. Tant que ces éléments ne seront pas maîtrisés, les ménages continueront de payer cher, même dans un contexte de change plus calme.
La situation actuelle rappelle une évidence. La stabilité macroéconomique ne vaut pleinement que lorsqu’elle atteint la table des familles. Si le franc congolais se stabilise mais que le riz, le sucre et les produits surgelés continuent de monter, le pouvoir d’achat reste sous tension. Pour les Kinois, la priorité est simple. Il faut que les prix cessent de grimper plus vite que les revenus.
— M. KOSI









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