Les régies financières de la République démocratique du Congo ont mobilisé 2.128 milliards CDF en juin 2026, soit plus de 925 millions USD, sur des prévisions mensuelles fixées à 2.134,6 milliards CDF. Selon la note de conjoncture économique de la Banque centrale du Congo, ce niveau représente un taux de réalisation de 99,7 %, ce qui place les recettes publiques presque au niveau attendu dans le plan de trésorerie de l’État.
Cette performance globale masque toutefois des écarts importants entre les administrations financières. La Direction générale des impôts, DGI, a mobilisé 854,9 milliards CDF, contre une assignation de 1.042,7 milliards CDF. Son taux de réalisation ressort ainsi autour de 82 %, un niveau inférieur aux prévisions mensuelles. La Direction générale des douanes et accises, DGDA, a fait mieux que prévu avec 723 milliards CDF collectés, contre 613,9 milliards CDF attendus, soit environ 117,8 % de réalisation. La DGRAD a également dépassé ses assignations avec 550,1 milliards CDF, contre 478,1 milliards CDF, soit près de 115 %.
La lecture budgétaire du mois de juin montre donc une administration fiscale en retrait, compensée par les performances des douanes et des recettes administratives. Cet équilibre a permis à l’État de rester proche de ses prévisions en recettes, mais il n’a pas suffi à contenir la pression du côté des dépenses.
La DGDA et la DGRAD compensent le recul de la DGI
La contre-performance de la DGI mérite une attention particulière, car cette régie reste l’un des principaux piliers de la mobilisation des recettes internes. Un écart de près de 187,8 milliards CDF par rapport aux assignations mensuelles peut traduire plusieurs tensions possibles, notamment le rythme de recouvrement, la conjoncture des entreprises, les déclarations fiscales ou les délais de paiement. Sans correction durable, ce type d’écart peut peser sur la capacité de l’État à financer ses dépenses courantes à partir des ressources propres.
La DGDA, en revanche, confirme son rôle dans la mobilisation des recettes liées au commerce extérieur, aux droits de douane et aux accises. Sa surperformance de plus de 109 milliards CDF par rapport aux prévisions a contribué à limiter le manque à gagner global. La DGRAD a également soutenu les recettes du mois avec un surplus d’environ 72 milliards CDF, porté par les recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations.
Ces chiffres montrent que la mobilisation des recettes ne dépend pas seulement du niveau global attendu, mais aussi de la qualité de performance de chaque régie. Lorsque l’une des grandes administrations accuse un retard, les autres doivent compenser pour maintenir l’équilibre. Cette dépendance rend la trésorerie publique plus vulnérable, surtout lorsque les dépenses progressent plus vite que les recettes.
Les dépenses dépassent les prévisions et creusent la pression sur la trésorerie
Le point le plus sensible du mois de juin se trouve du côté des décaissements. Les dépenses publiques ont atteint 3.249 milliards CDF, contre une programmation de 2.636,4 milliards CDF. Le taux d’exécution ressort à 123,2 %, ce qui représente un dépassement de plus de 612 milliards CDF par rapport au niveau prévu.
Selon la Banque centrale, cette accélération des dépenses s’explique notamment par le dépassement de l’enveloppe consacrée à la rémunération des agents et fonctionnaires de l’État. Les salaires ont absorbé 1.260,9 milliards CDF au cours du mois, tandis que les frais financiers se sont élevés à 92,5 milliards CDF. Ces postes illustrent le poids des charges obligatoires dans l’exécution budgétaire, surtout lorsque l’État doit à la fois assurer la paie, honorer ses engagements financiers et maintenir certains décaissements liés au fonctionnement public.
Le solde mensuel fait apparaître une pression nette. Avec 2.128 milliards CDF de recettes contre 3.249 milliards CDF de dépenses, l’écart atteint environ 1.121 milliards CDF. Cette différence montre que le problème du mois de juin ne vient pas principalement de la mobilisation globale des recettes, qui reste proche des objectifs, mais de la dynamique des dépenses, plus rapide que la programmation.
Pour les finances publiques, le signal est clair. La RDC peut améliorer la collecte des recettes, mais l’équilibre budgétaire restera fragile si les dépenses ne sont pas mieux contenues ou mieux alignées sur le plan de trésorerie. La soutenabilité budgétaire dépendra donc autant de la performance des régies financières que de la discipline dans l’exécution des charges publiques.
À court terme, la priorité consiste à maintenir l’effort de mobilisation, surtout au niveau de la DGI, tout en renforçant le contrôle des engagements de dépenses. À moyen terme, l’État devra éviter que les dépassements récurrents sur les charges courantes réduisent l’espace disponible pour les investissements, les infrastructures et les services sociaux. Une trésorerie publique solide ne se mesure pas seulement aux recettes encaissées, mais aussi à la capacité de l’État à dépenser dans les limites prévues.
— M. KOSI









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