L’Inspection générale des finances a réuni, mercredi 15 juillet 2026 à Kinshasa, les dirigeants des entreprises et établissements publics autour de son Plan stratégique 2026-2028. La réforme du contrôle public est évaluée à 39 millions USD, dont 22 millions seraient déjà identifiés, laissant 17 millions USD à mobiliser.
Après les professionnels des médias et les organisations de la société civile, l’IGF consacre un séminaire de deux jours aux présidents des conseils d’administration et aux directeurs généraux des entités publiques. Les travaux doivent expliquer aux mandataires le fonctionnement du contrôle systémique, une approche destinée à détecter les faiblesses de gestion avant qu’elles n’entraînent des pertes financières. Le président du Conseil supérieur du Portefeuille, Norbert Nkubu Eluna, et le secrétaire exécutif du Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État, Alex Nkusu, ont également présenté la situation des entreprises publiques et les limites des réformes engagées.
Cette rencontre constitue une étape de sensibilisation et non le lancement d’un nouveau mode légal de contrôle. Christophe Bitasimwa Bahii, inspecteur général des finances et chef de service, a précisé que l’IGF continuera d’intervenir à travers les contrôles a priori, concomitant et a posteriori. Le contrôle systémique doit plutôt articuler ces trois méthodes, croiser les données disponibles et agir sur les causes récurrentes des dysfonctionnements au lieu de se limiter à relever des irrégularités dans des rapports successifs.
Une réforme fondée sur les données et l’interconnexion
Le Plan stratégique 2026-2028 repose notamment sur la numérisation des procédures, l’analyse automatisée des données budgétaires, fiscales et douanières ainsi que l’interconnexion de l’IGF avec les plateformes publiques de gestion financière. L’institution veut ainsi suivre les flux, repérer les incohérences et établir des cartographies des risques avant le déclenchement d’une fraude, d’un détournement ou d’une dépense irrégulière. La mise en œuvre doit être progressive, avec des projets pilotes, des équipements numériques et un renforcement des compétences des inspecteurs jusqu’à la maturité annoncée du dispositif en 2028.
Le coût total annoncé atteint 39 millions USD sur trois ans. L’IGF affirme avoir déjà identifié 22 millions USD, soit environ 56,4 % du besoin, selon un calcul de Lepoint.cd. Le déficit de financement s’établit à 17 millions USD. L’institution n’a toutefois pas publié, dans les informations consultées, la ventilation détaillée de cette enveloppe entre les infrastructures informatiques, les logiciels, la formation, la sécurisation des données et l’interconnexion avec les autres administrations. La crédibilité du programme dépendra aussi de la disponibilité effective des fonds et de la capacité des entités contrôlées à fournir des données complètes, fiables et compatibles entre elles.
Cette réforme répond aux limites reconnues par l’IGF dans son ancien dispositif de « patrouille financière ». Le déploiement physique et permanent d’inspecteurs dans les administrations mobilise d’importantes ressources humaines, produit des contrôles coûteux et peut perdre son efficacité après le départ des équipes. En mars 2026, l’IGF avait encore programmé 74 missions de contrôle sur l’année, notamment auprès de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD. Christophe Bitasimwa avait alors indiqué que les recettes pouvaient diminuer après le retrait des inspecteurs, une situation utilisée pour justifier un système de surveillance plus continu et davantage appuyé sur les données.
Les résultats devront dépasser la production de rapports
Les entreprises publiques constituent un terrain sensible pour cette nouvelle méthode. Selon le bilan présenté par l’IGF en mai 2026, des audits menés dans 50 services administratifs et 72 entreprises publiques auraient permis d’identifier 38 597 agents fictifs et 1 007 doublons dans les fichiers de paie. L’impact financier mensuel a été évalué à 15,786 milliards CDF. L’institution a également signalé des faiblesses dans le contrôle interne, la planification budgétaire, les outils de gestion et l’application des procédures de passation des marchés publics. Ces chiffres restent des résultats communiqués par l’IGF et devront être rapprochés des mesures correctives effectivement appliquées dans les entités concernées.
L’appropriation du contrôle systémique par les PCA et les directeurs généraux sera donc insuffisante si elle ne conduit pas à renforcer les audits internes, sécuriser les fichiers de paie, améliorer la comptabilité et appliquer les recommandations émises. L’IGF demeure un organe de contrôle externe et ne peut remplacer les mécanismes permanents de surveillance qui doivent fonctionner au sein de chaque entreprise publique. Les premiers indicateurs à suivre seront le financement des 17 millions USD encore recherchés, le nombre de plateformes effectivement interconnectées et les pertes évitées grâce aux alertes produites avant l’exécution des opérations irrégulières.
— M. MASAMUNA









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