L’Afrique subsaharienne comptait encore 581 millions de personnes privées d’électricité en 2023, selon l’Atlas Data360 de la Banque mondiale. Pour Jean-Marie Tshikaya Panubule, la mobilisation de capitaux ne suffira pas sans projets énergétiques capables de rassurer les banques et les investisseurs sur leurs revenus, leurs contrats et la répartition des risques.
Le déficit énergétique africain ne résulte pas uniquement d’une insuffisance de capitaux disponibles. Il traduit aussi la difficulté à transformer les besoins en infrastructures en projets suffisamment préparés pour obtenir des financements de long terme.
Dans une analyse publiée sur LinkedIn, Jean-Marie Tshikaya Panubule, spécialiste du crédit et du financement structuré, rappelle que 581 millions de personnes vivaient encore sans accès à l’électricité en Afrique subsaharienne en 2023. Cette estimation figure dans l’Atlas Data360 de la Banque mondiale, qui situe dans cette région l’essentiel de la population mondiale encore privée de courant.
Le besoin d’investissement reste également élevé. Lors des Assemblées annuelles de mai 2026, le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a estimé que l’Afrique devait mobiliser entre 130 et 170 milliards USD par an pour ses infrastructures. Le déficit annuel de financement se situerait entre 68 et 108 milliards USD.
Ces chiffres couvrent plusieurs secteurs, dont l’énergie, les transports, l’eau et les infrastructures numériques. Ils montrent l’ampleur des besoins, mais ne signifient pas que tout projet jugé utile peut automatiquement obtenir un crédit.
Le financement dépend de la qualité des contrats
Selon Jean-Marie Tshikaya Panubule, une centrale électrique peut être indispensable à l’économie d’un pays tout en restant difficile à financer. Une banque examine d’abord la capacité du projet à produire des revenus suffisamment réguliers pour rembourser la dette, payer les intérêts et couvrir ses charges d’exploitation.
La solidité du contrat d’achat d’électricité devient alors déterminante. Lorsque la production est achetée par une entreprise publique, les prêteurs évaluent sa solvabilité, sa capacité à régler les factures et les garanties prévues en cas de défaut de paiement.
La Banque mondiale considère d’ailleurs la structure du contrat d’achat d’électricité et la répartition des risques comme des éléments centraux de la capacité d’un producteur à lever des fonds, récupérer son investissement et rémunérer ses actionnaires.
Les investisseurs examinent aussi les risques liés à la construction, aux dépassements de coûts, aux retards, aux modifications réglementaires et à la disponibilité des équipements. Un projet techniquement pertinent peut donc rester bloqué si ses contrats ne définissent pas clairement la responsabilité de chaque partie.
Le risque de change constitue une autre contrainte. Plusieurs projets empruntent en USD ou en euro alors que leurs recettes sont perçues en monnaie locale. Une forte dépréciation peut augmenter le coût réel du remboursement et fragiliser l’équilibre financier du projet. La Banque mondiale cite ce décalage entre devises, la courte durée des prêts locaux et l’incertitude entourant la solvabilité publique parmi les contraintes fréquentes des infrastructures dans les économies à faible revenu.
Le Project Finance organise les risques autour du projet
Le Project Finance permet de structurer le financement autour des flux de trésorerie générés par l’infrastructure. Les prêteurs s’appuient principalement sur les revenus futurs du projet plutôt que sur l’ensemble du patrimoine de ses promoteurs.
Cette méthode suppose une préparation approfondie. Les études techniques, les projections financières, les autorisations, les contrats de construction, les mécanismes de paiement et les garanties doivent former un ensemble cohérent. La Banque mondiale définit la bancabilité comme la capacité d’un projet à lever des financements, ce qui dépend notamment de sa viabilité technique et financière ainsi que d’une répartition appropriée des risques.
Pour les projets énergétiques africains, le défi consiste donc à rapprocher l’utilité publique et les exigences des investisseurs. L’État peut faciliter cette convergence par un cadre réglementaire stable, des procédures prévisibles et des garanties ciblées, sans reprendre automatiquement l’ensemble des risques à la charge des finances publiques.
Les banques de développement et les mécanismes de garantie peuvent également couvrir certains risques politiques, contractuels ou monétaires. Ces instruments ne remplacent toutefois ni la préparation du projet ni la solidité de son modèle économique.
L’accélération de l’électrification africaine dépendra ainsi du volume de capitaux mobilisés, mais aussi de la capacité des États, des entreprises publiques et des promoteurs privés à présenter des projets dont les revenus, les contrats et les responsabilités sont suffisamment prévisibles pour attirer des financements sur plusieurs années.
— J. KAKESA









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