Le franc congolais s’échange à 2 262,50 CDF pour un dollar ce 11 septembre, pratiquement au même niveau qu’un mois auparavant. La variation quotidienne de 0,07 % est économiquement marginale. Le fait important est ailleurs. Depuis plusieurs semaines, le taux officiel évolue dans une bande très étroite tandis que l’inflation annuelle reste contenue à 3,385 %. Cette stabilité repose aujourd’hui sur une politique monétaire encore restrictive en termes réels, une gestion active de la liquidité et un niveau élevé de réserves. Mais la forte dollarisation du système financier et le recul des réserves en août montrent que l’équilibre doit encore être consolidé.
La Banque centrale du Congo fixe le cours moyen officiel du 11 septembre à 2 262,50 CDF/USD, contre 2 264 CDF la veille. Le mouvement représente une appréciation quotidienne d’à peine 0,07 %. Pris isolément, il n’a presque aucune signification macroéconomique. La comparaison sur plusieurs semaines est plus instructive. Le dollar valait 2 257,22 CDF le 14 août et 2 260,87 CDF le 7 août. En un peu plus d’un mois, le taux officiel n’a donc varié que de quelques francs autour de 2 260.
Cette stabilité du change accompagne désormais une inflation nettement plus faible. Pour la première semaine de septembre, l’Institut national de la statistique mesure une inflation nationale de 0,165 % sur une semaine, après 0,175 % lors de la dernière semaine d’août. L’inflation mensuelle d’août ressort à 0,769 %, contre 0,962 % en juillet, tandis que le glissement annuel s’établit à 3,385 %.
Un taux directeur à 12,5 % laisse encore un coussin monétaire important
La BCC a déjà commencé à desserrer progressivement sa politique. En juillet, son Comité de politique monétaire a abaissé le taux directeur de 13,5 % à 12,5 %, après une précédente réduction de 15 % à 13,5 % en avril. Avec une inflation annuelle de 3,385 %, l’écart entre le taux directeur nominal et l’inflation dépasse encore 9 points de pourcentage. La politique monétaire reste donc restrictive malgré les baisses de taux déjà engagées.
La gestion de la liquidité bancaire reste également active. Au 9 septembre, l’encours des Bons BCC atteignait 2 403,75 milliards CDF, contre 2 330,25 milliards une semaine plus tôt. Les avoirs des banques en compte courant auprès de la Banque centrale progressaient parallèlement à 3 897,61 milliards CDF. Les Bons BCC constituent précisément l’un des instruments utilisés par l’institut d’émission pour piloter la liquidité disponible dans le système financier.
Les agrégats monétaires ne montrent pas, pour l’instant, d’accélération brutale. En août, la masse monétaire M2 a progressé de 1,08 % sur un mois, à 51 794,5 milliards CDF. Le crédit au secteur privé avançait de 0,8 %, tandis que la base monétaire augmentait de 2,44 %. Ces évolutions restent à surveiller car une expansion durable de la liquidité supérieure à celle de l’activité réelle pourrait finir par réapparaître sur les prix ou sur le marché des changes.
Les réserves et la dollarisation restent les deux variables à surveiller
La situation extérieure offre encore un amortisseur important, mais août a introduit un signal de vigilance. Les réserves internationales brutes de la BCC sont revenues de 9,20 milliards USD en juillet à 8,94 milliards en août, soit une baisse de 2,9 %. Les réserves nettes sont passées de 7,80 à 7,53 milliards USD, en recul de 3,4 %.
Ce mouvement ne signifie pas que le franc entre sous pression. Il montre toutefois que la stabilité actuelle ne doit pas être lue uniquement à travers le cours quotidien. Pour une économie très dollarisée, la profondeur du coussin de devises reste déterminante pour absorber des chocs sur les importations, les recettes d’exportation ou la demande domestique de dollars.
La dollarisation demeure justement très élevée. Les données de la BCC font apparaître 41 234 milliards CDF de dépôts en monnaies étrangères sur un total de 46 583 milliards, soit environ 88,5 % des dépôts bancaires, d’après les calculs de notre rédaction. Les dépôts en monnaie nationale n’en représentent qu’environ 11,5 %.
Cette structure constitue la limite fondamentale de la stabilisation actuelle. Le franc peut rester stable plusieurs mois, mais la monnaie américaine continue de dominer l’épargne bancaire, les contrats et une large partie des transactions importantes. La crédibilité du franc ne se mesurera donc pas seulement à un taux de change immobile. Elle se mesurera aussi à la progression des dépôts, du crédit et de la facturation en monnaie nationale.
La BCC dispose encore d’une marge de baisse de son taux directeur si l’inflation demeure contenue. Mais cette marge ne peut pas être appréciée uniquement à partir du chiffre de 3,385 %. Une réduction trop rapide des taux, accompagnée d’une expansion plus forte de la liquidité ou d’un recul prolongé des réserves, pourrait modifier les anticipations de change. À l’inverse, une inflation faible, des réserves suffisamment élevées et une liquidité maîtrisée permettraient de prolonger la séquence actuelle.
Le chiffre du jour n’est donc pas 2 262,50 CDF en lui-même. L’information économique est que le franc évolue depuis plusieurs semaines autour de 2 260 CDF alors que l’inflation reste proche de 3,4 %. La prochaine étape consiste à savoir si cette stabilité peut survivre à de nouvelles baisses de taux tout en réduisant progressivement la dépendance du système financier au dollar.
M. KOSI









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