Emploi en RDC : 5,1 % de croissance moyenne depuis 2000, mais 85 % des travailleurs restent à leur compte

La RDC a enregistré une croissance réelle moyenne de 5,1 % entre 2000 et 2024 et le FMI prévoit encore 5,6 % en 2026. Pourtant, cette performance macroéconomique se transmet faiblement au marché du travail. Une nouvelle étude du Fonds montre que 59 % des emplois restent concentrés dans l’agriculture, 85 % des travailleurs sont indépendants et seulement 9 % des femmes occupent un emploi salarié.

La Rédaction

La RDC a enregistré une croissance réelle moyenne de 5,1 % entre 2000 et 2024 et le FMI prévoit encore 5,6 % en 2026. Pourtant, cette performance macroéconomique se transmet faiblement au marché du travail. Une nouvelle étude du Fonds montre que 59 % des emplois restent concentrés dans l’agriculture, 85 % des travailleurs sont indépendants et seulement 9 % des femmes occupent un emploi salarié. Le problème congolais n’est donc pas seulement de créer de la croissance, mais de déplacer cette croissance vers des activités capables d’absorber une population active qui augmente rapidement et de produire des revenus plus stables.

Le diagnostic publié le 8 septembre dans les Selected Issues du FMI donne une lecture très différente de celle du seul PIB. Entre 2000 et 2024, l’économie congolaise a progressé en moyenne de 5,1 % par an, tandis que le secteur extractif affichait une croissance annuelle moyenne de 12,4 %, contre seulement 4,1 % pour les activités non extractives. Le FMI estime que cette configuration réduit mécaniquement l’intensité en emplois de la croissance, les mines étant fortement capitalistiques et relativement peu connectées en amont et en aval au reste de l’économie. Une partie des revenus du capital peut en outre être rapatriée lorsque les actifs sont détenus par des investisseurs étrangers, ce qui réduit davantage le multiplicateur domestique.

Ce problème reste actuel. Pour 2026, le FMI projette une croissance réelle de 5,6 %, dont 6,7 % pour l’extractif et 5,2 % hors extractif. Une progression supérieure à 5 % ne garantit pourtant pas, à elle seule, une amélioration équivalente de l’emploi ou du revenu des ménages. L’étude rappelle qu’avec une population augmentant encore rapidement, une croissance moyenne de 5,1 % peut rester insuffisante lorsqu’elle est concentrée dans des secteurs utilisant relativement peu de main-d’œuvre.

59 % des emplois dans l’agriculture, seulement 8 % dans l’industrie

La structure du marché du travail révèle le problème. En 2024, 59 % des personnes employées travaillaient dans l’agriculture, contre 33 % dans les services et seulement 8 % dans l’industrie. Or, selon le FMI, l’agriculture reste le secteur présentant la productivité du travail la plus faible. L’industrie affiche au contraire une productivité très supérieure à la moyenne nationale et les gains de valeur ajoutée par travailleur les plus importants, mais elle absorbe encore une faible fraction de l’emploi. Les services recrutent davantage, sans enregistrer une progression comparable de productivité.

Cette dissociation apparaît également dans la productivité agrégée. Le PIB par personne employée, exprimé en dollars internationaux constants de 2021 à parité de pouvoir d’achat, est passé d’environ 2 400–2 600 dollars au début des années 2000 à 4 800–5 000 dollars à la fin de la période étudiée. Il a donc pratiquement doublé. Mais le FMI constate que cette amélioration s’est concentrée dans des segments de l’économie employant relativement peu de travailleurs et s’est faiblement transmise à la qualité générale des emplois.

La statistique du chômage peut même donner une image trompeuse. Sur la série internationale utilisée par le FMI, le taux de chômage ressort à 4,4 % en 2024, contre 5,9 % en moyenne en Afrique subsaharienne. L’institution précise qu’un taux aussi faible ne signifie pas nécessairement plein emploi. En l’absence d’une protection sociale suffisante et d’épargne, beaucoup de personnes ne peuvent tout simplement pas rester sans activité et se replient vers l’agriculture de subsistance, le petit commerce ou d’autres activités informelles. 85 % des travailleurs congolais sont ainsi classés comme indépendants, tandis que l’emploi vulnérable dépasse nettement la moyenne régionale.

L’enquête ECVM 2024 de l’INS, également mobilisée dans l’étude, permet de voir les écarts territoriaux. Kinshasa affiche 16,7 % de chômage, soit le niveau le plus élevé du pays selon ces données. Dans le Haut-Katanga, il atteint 7,3 % chez les femmes et 7,1 % chez les hommes. À l’inverse, le chômage féminin descend à 2,3 % au Mai-Ndombe et dans le Haut-Uele et à 2,6 % dans la Mongala. Le FMI avertit cependant que ces faibles taux ruraux traduisent largement la présence du travail informel et de subsistance plutôt qu’une meilleure disponibilité d’emplois productifs.

Femmes, compétences et investissement révèlent les limites du modèle

Les femmes illustrent plus fortement encore cette fragmentation. Leur taux de participation au marché du travail atteint 62,4 %, contre 67,1 % pour les hommes. L’écart paraît relativement réduit par comparaison internationale, mais la qualité des emplois est profondément différente. 68 % des femmes travaillent dans l’agriculture, 88 % occupent des emplois considérés comme vulnérables et seulement 9 % sont salariées, contre 20 % des hommes. Dans l’industrie, les femmes ne représentent que 4 % de leur emploi sectoriel, contre 11 % pour les hommes.

Le problème ne disparaît pas avec l’éducation. Une étude de 2025 reprise par le FMI estime à seulement 49,14 % le degré moyen de correspondance entre les compétences enseignées dans les universités congolaises et celles recherchées par les employeurs. L’adéquation atteint 60 % en économie et gestion, mais tombe à 47,52 % en sciences et technologies et 44,34 % en psychologie et sciences de l’éducation. Les compétences numériques et transversales figurent parmi les déficits relevés.

Le FMI identifie enfin un verrou financier plus large. Entre 2000 et 2024, l’investissement total a représenté en moyenne 12 % du PIB, contre environ 20 à 23 % en Afrique subsaharienne. Les économies asiatiques ayant absorbé massivement leur main-d’œuvre dans l’industrie manufacturière et les services modernes ont, elles, maintenu pendant de longues périodes des taux supérieurs à 30 %. Surtout, en RDC, une part importante de l’investissement reste concentrée dans les activités extractives à faible intensité de travail.

Le diagnostic du FMI conduit donc à déplacer le débat économique. Il ne suffit plus d’opposer croissance forte et croissance faible. La question est de savoir quels secteurs produisent cette croissance et combien d’emplois productifs ils créent pour chaque point de PIB supplémentaire. L’institution recommande de favoriser l’agro-industrie, l’industrie légère et les services modernes, d’améliorer l’accès au crédit et aux infrastructures, d’adapter la formation aux besoins des entreprises et de formaliser progressivement l’emploi par des incitations plutôt que par la seule contrainte.

Avec 56 millions de personnes en âge de travailler en 2024, soit plus de la moitié de la population, la RDC dispose d’un potentiel démographique considérable. Mais le FMI formule aussi l’avertissement central de son étude. La population a doublé entre 2000 et 2025 et, dans le même temps, le nombre de personnes en âge de travailler qui sont au chômage ou en dehors du marché du travail a plus que doublé. Sans accélération des investissements productifs et des secteurs capables d’embaucher à grande échelle, le dividende démographique congolais risque de rester davantage statistique qu’économique.

Peter MOYI

Conversation

Votre avis compte

Commenter

Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.

Laisser un commentaire

Agenda
7Oct

Mines

DRC-Africa Battery Metals Forum 2026

Date7 Oct 2026 - 9 Oct 2026
LieuKolwezi, RDC

Forum dedie aux metaux de batterie, au cobalt, au cuivre, aux chaines de valeur locales et aux opportunites industrielles en RDC.

12Oct

Energie

African Energy Week 2026

Date12 Oct 2026 - 16 Oct 2026
LieuCape Town, Afrique du Sud

African Energy Week is the African Energy Chamber’s flagship annual conference, exhibition and networking platform, bringing together African energy leaders, policymakers, project developers, financiers and international investors to…

12Oct

Energie

African Energy Week 2026

Date12 Oct 2026 - 16 Oct 2026
LieuCape Town, Afrique du Sud

Rencontre continentale sur les energies africaines, l investissement, le gaz, l electricite, le petrole et les politiques energetiques.

14Oct

Mines

African Mining Week 2026

Date14 Oct 2026 - 16 Oct 2026
LieuCape Town, Afrique du Sud

African Mining Week (AMW) is the ultimate platform to explore the continent’s rich mining opportunities

25Oct

Economie & finances

World Investment Forum 2026

Date25 Oct 2026 - 27 Oct 2026
LieuDoha, Qatar

Forum mondial de l investissement organise autour des politiques, capitaux et entreprises pour l investissement durable.

26Nov

Infrastructure

Africa Infrastructure Forum 2026

Date26 Nov 2026 - 28 Nov 2026
LieuAbidjan, Cote d Ivoire

Forum africain sur le financement des infrastructures, routes, energie, eau, transport, telecoms, logement et immobilier.

8Fév

Mines

Mining Indaba

Date8 Fév 2027 - 11 Fév 2027
LieuCape Town, Afrique du Sud

Investing in African Mining Indaba is the world's largest mining investment conference, dedicated to the capitalisation and development of mining in Africa.

8Fév

Mines

Mining Indaba

Date8 Fév 2027 - 11 Fév 2027
LieuCape Town, Afrique du Sud

Investing in African Mining Indaba is the world's largest mining investment conference, dedicated to the capitalisation and development of mining in Africa.