La République démocratique du Congo a levé 1,25 milliard USD le 9 avril 2026 lors de sa première émission obligataire souveraine sur les marchés internationaux. L’opération, répartie entre deux tranches à 8,75 % et 9,50 %, a attiré plus de 5 milliards USD d’ordres, offrant au pays une nouvelle source de financement mais aussi une dette extérieure à coût élevé.
La RDC a placé 600 millions USD d’obligations arrivant à échéance en 2032, avec un rendement de 8,75 %, et 650 millions USD à échéance 2037, rémunérés à 9,50 %. Reuters rapporte que les carnets d’ordres finaux dépassaient respectivement 2 milliards USD et 2,8 milliards USD, hors banques chefs de file. Rawbank, qui a participé à l’opération aux côtés de Citigroup et Standard Chartered Bank, fait état de plus de 5 milliards USD de demandes cumulées.
La demande a ainsi représenté environ quatre fois le montant finalement levé. Cette sursouscription a permis au Gouvernement de réduire les rendements par rapport aux premières indications communiquées au marché. Reuters indique qu’ils avaient initialement été envisagés autour de 9,125 % pour la première tranche et 10 % pour la seconde.
Cette opération introduit cependant une nouvelle catégorie de charge dans les finances publiques congolaises. Appliqués aux montants nominaux levés, les taux de 8,75 % sur 600 millions USD et de 9,50 % sur 650 millions USD correspondent à environ 114,25 millions USD d’intérêts annuels en régime théorique, selon un calcul de Lepoint.cd. Le montant effectivement payé chaque année dépendra du calendrier d’amortissement des deux obligations, qui sont structurées pour être remboursées progressivement.
Une demande supérieure à 5 milliards USD
L’entrée de la RDC sur le marché obligataire international intervient dans le cadre d’un programme d’Eurobond annoncé à hauteur de 1,5 milliard USD. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a indiqué à Reuters que les ressources devaient financer des investissements considérés comme prioritaires dans les infrastructures, l’énergie et les secteurs sociaux. Le Gouvernement entend parallèlement diversifier ses sources de financement au-delà des ressources budgétaires, des emprunts domestiques et des financements concessionnels.
L’intérêt des investisseurs est l’un des éléments financiers les plus importants de l’opération. Une demande supérieure à 5 milliards USD signifie que le volume d’ordres a dépassé d’environ quatre fois les 1,25 milliard USD effectivement émis. Elle ne signifie toutefois pas que les investisseurs considèrent la dette congolaise comme faiblement risquée. Les rendements de 8,75 % et 9,50 % intègrent précisément une rémunération élevée du risque souverain par rapport aux financements concessionnels accessibles auprès des institutions multilatérales.
Rawbank indique que l’émission a été structurée sous le format international 144A/Reg S et qu’une cotation était prévue à la Bourse de Londres. La banque congolaise est intervenue comme Joint Global Coordinator avec Citigroup et comme Joint Bookrunner avec Citigroup et Standard Chartered Bank.
Le coût de la dette devra être comparé aux résultats des projets
Pour les finances publiques, l’enjeu économique se déplace désormais vers l’utilisation des 1,25 milliard USD. Une dette contractée à des rendements proches de 9 % impose que les ressources soient affectées à des investissements capables de générer des effets économiques suffisamment importants ou de répondre à des besoins publics dont le financement a été clairement priorisé.
Le ministre des Finances a indiqué que les fonds seraient orientés vers des projets favorisant la croissance dans les infrastructures, l’énergie et le développement social. Reuters rapporte également que le Gouvernement souhaite devenir un émetteur souverain régulier sur les marchés internationaux. La réussite de cette stratégie dépendra donc non seulement de la capacité de la RDC à lever de nouveaux capitaux, mais aussi de sa capacité à exécuter les projets financés, maîtriser le service de la dette et préserver sa capacité future de remboursement.
La première émission crée ainsi une référence de prix pour le risque souverain congolais sur les marchés internationaux. Les échéances suivantes seront désormais mesurables à travers trois données concrètes, le rythme de décaissement des fonds levés, l’exécution effective des investissements annoncés et le coût supporté par le Trésor jusqu’au remboursement des deux tranches en 2032 et 2037.
— J. KAKESA









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