La République démocratique du Congo a fortement accéléré son recours au marché intérieur pour financer le Trésor. L’encours des bons et obligations publics est passé de 3 476,7 milliards de francs congolais fin décembre 2024 à 5 598,4 milliards fin juin 2025, selon le bulletin du ministère des Finances. La hausse atteint environ 61 % en seulement six mois.
Cette stratégie présente un avantage important. Elle permet à l’État de mobiliser des ressources sans demander à la Banque centrale du Congo de financer directement les déficits, pratique susceptible d’alimenter la création monétaire et l’inflation. Elle contribue également au développement d’un marché local de la dette publique.
Mais le profil des titres émis transfère une autre catégorie de risque vers le Trésor. À fin juin 2025, environ 83 % de l’encours était composé d’obligations en dollars et 7 % de bons du Trésor également libellés en dollars. Les 10 % restants étaient constitués d’obligations indexées. Le portefeuille présenté par le ministère était donc pratiquement entièrement lié, directement ou indirectement, à la monnaie américaine.
Le financement monétaire recule mais le risque de change augmente
Le changement est particulièrement visible lorsqu’on observe les obligations domestiques en dollars. Leur encours est passé d’environ 32,25 millions de dollars fin 2023 à 950,53 millions fin 2024, selon les données reprises dans les documents remis aux investisseurs internationaux. Cela représente presque trente fois le niveau enregistré un an auparavant.
Les émissions en dollars ont atteint environ 1,113 milliard de dollars sur l’ensemble de 2024 et déjà 1,054 milliard sur le seul premier semestre 2025. Le rendement moyen pondéré des obligations émises en 2024 se situait autour de 9,34 %, avec des maturités principalement concentrées autour de quinze mois, dix-huit mois et deux ans.
Le problème n’est donc pas uniquement le niveau de la dette. Il concerne son refinancement. Une obligation de maturité courte doit rapidement être remboursée ou remplacée par une nouvelle dette. Si les banques et investisseurs diminuent leurs souscriptions au moment où plusieurs échéances arrivent simultanément, le Trésor peut être contraint d’accepter des taux plus élevés ou de mobiliser rapidement d’autres sources de financement.
La dollarisation ajoute une deuxième sensibilité. Une baisse de 10 % du franc congolais augmente approximativement de 10 % la valeur en monnaie locale d’une obligation en dollars, toutes choses égales par ailleurs. Appliquée mécaniquement à un encours économiquement très lié au dollar, cette sensibilité peut représenter plusieurs centaines de milliards de francs congolais supplémentaires en équivalent local. Le calcul réel doit toutefois tenir compte des recettes publiques elles-mêmes encaissées ou indexées en dollars, qui constituent une couverture partielle.
Le marché commence par ailleurs à se diversifier. Les banques commerciales, qui représentaient historiquement plus de 99 % des placements, ne comptaient plus que pour environ 56 % au premier semestre 2025. Les investisseurs institutionnels représentaient 41 % et les particuliers environ 3 %.
Le choix du gouvernement n’est donc pas dépourvu de logique financière. Mais l’augmentation de 61 % de l’encours en six mois impose désormais une publication beaucoup plus précise du calendrier d’échéances. Ce calendrier permettra de savoir combien le Trésor devra refinancer chaque trimestre et à quel coût.
M. MASAMUNA









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