S&P Global Ratings a confirmé le 24 juillet 2026 la note souveraine de long terme B- de la République démocratique du Congo, assortie d’une perspective positive. L’agence table désormais sur une croissance moyenne de 5,5 % entre 2026 et 2029 et des déficits budgétaires contenus autour de 2,4 % du PIB, tout en maintenant ses alertes sur la sécurité, les dépenses publiques et les risques sanitaires.
La décision de S&P intervient un peu plus de trois mois après l’entrée de la RDC sur le marché international de la dette. Le pays a levé 1,25 milliard USD en avril 2026 à travers deux obligations souveraines, dont 600 millions USD arrivant à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 % et 650 millions USD échéant en 2037 à 9,50 %. Les ordres reçus avaient dépassé 5 milliards USD.
S&P maintient précisément la notation de long terme à B- et celle de court terme à B, aussi bien en monnaie locale qu’en devises. La perspective reste positive, comme lors de la précédente révision de janvier. Il ne s’agit donc pas encore d’un relèvement de la note elle-même. La RDC demeure dans la catégorie spéculative, mais S&P estime que ses performances budgétaires et extérieures pourraient justifier une amélioration de la notation si elles dépassent les prévisions au cours des prochains mois.
Croissance de 5,5 % et réserves portées à 8,2 milliards USD
Le scénario central de l’agence repose d’abord sur la poursuite de la croissance minière. S&P prévoit une progression moyenne du PIB réel de 5,5 % entre 2026 et 2029, portée notamment par la production de cuivre et de cobalt et par une conjoncture plus favorable sur le cuivre. L’agence estime également que les déficits budgétaires globaux devraient rester limités à environ 2,4 % du PIB en moyenne sur la période.
La position extérieure constitue l’autre élément surveillé. Les réserves internationales de la RDC avaient atteint environ 8,2 milliards USD à fin juin 2026, contre 7,9 milliards USD fin 2025. S&P relie cette amélioration aux entrées de capitaux, aux investissements directs étrangers, aux exportations minières ainsi qu’aux ressources apportées par l’Eurobond et aux programmes soutenus par le Fonds monétaire international.
Ces réserves apportent un coussin supplémentaire à une économie fortement dollarisée et exposée aux variations des cours des matières premières. Elles comptent également dans l’évaluation de la capacité du pays à honorer ses obligations extérieures, désormais plus importantes depuis l’émission obligataire d’avril.
La perspective positive avait déjà été attribuée en janvier 2026, lorsque S&P avait souligné les progrès attendus dans l’administration fiscale, l’augmentation des recettes et les réformes menées avec le FMI. L’agence estimait alors que les recettes publiques pourraient progressivement se maintenir autour de 14 % à 15 % du PIB, contre une moyenne proche de 11 % au cours de la décennie précédente.
L’Eurobond place désormais l’exécution budgétaire sous observation
La confirmation de juillet prend une dimension particulière depuis que la RDC dispose de titres négociés sur les marchés internationaux. Avant avril, l’analyse du risque souverain congolais concernait surtout les bailleurs multilatéraux, les banques et les investisseurs privés. Elle influence désormais directement une dette dont le prix peut évoluer quotidiennement sur le marché secondaire.
Une amélioration future de la note pourrait, toutes choses égales par ailleurs, renforcer la perception de solvabilité du pays et faciliter de nouvelles opérations de financement. À l’inverse, une détérioration des comptes publics ou des réserves, une hausse durable des dépenses ou une aggravation de l’insécurité pourrait accroître la prime de risque exigée par les investisseurs.
S&P identifie précisément plusieurs menaces. Son scénario suppose que le conflit militaire dans l’Est et l’épidémie d’Ebola ne prennent pas une ampleur supérieure à celle déjà intégrée dans ses prévisions. L’agence considère également que les dépenses liées à la sécurité peuvent peser sur les équilibres budgétaires et réduire les marges disponibles pour d’autres dépenses publiques.
Pour la RDC, le prochain test ne sera donc plus seulement de démontrer qu’elle peut lever des fonds à l’étranger. Après une émission de 1,25 milliard USD, les investisseurs et les agences de notation pourront désormais suivre l’utilisation des ressources, le rythme d’exécution des infrastructures financées, l’évolution des recettes publiques et la capacité du Trésor à préserver ses équilibres malgré le coût de la nouvelle dette.
La perspective positive de S&P constitue ainsi une possibilité d’amélioration plutôt qu’un acquis. Sa conversion en relèvement effectif de la note dépendra des résultats budgétaires et extérieurs observés dans les prochains mois, ainsi que de la capacité de la RDC à transformer son accès récent au marché international en investissements exécutés sans détérioration de ses finances publiques.
— J. KAKESA









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