Le Fonds de développement du service universel a signé avec Airtel, Orange, Vodacom et Africell ses premières conventions de subvention pour étendre les réseaux mobiles dans 40 localités rurales et périurbaines. Cette phase doit couvrir environ 258 000 personnes et tester un mécanisme appelé à être étendu jusqu’à 3 000 localités et 16 millions d’habitants d’ici 2030.
Le dispositif est entré dans sa phase de déploiement le 8 août 2026 à Kinshasa. Chaque opérateur doit prendre en charge dix localités parmi les 40 sites pilotes identifiés par le FDSU. Les infrastructures doivent permettre aux populations concernées d’accéder à la téléphonie, à Internet et aux services de messagerie dans des zones où l’investissement commercial classique reste insuffisant pour justifier, à lui seul, l’installation d’un réseau.
L’intérêt économique du programme réside dans son modèle de financement. Pour cette première tranche, le FDSU retient une formule dite Full CAPEX, dans laquelle le Fonds prend en charge l’investissement initial nécessaire au déploiement des infrastructures, tandis que les opérateurs supportent ensuite les coûts d’exploitation. Le mécanisme revient à utiliser des ressources collectées dans le secteur des télécommunications pour réduire le coût d’entrée dans des zones où le nombre d’abonnés, les revenus attendus ou les contraintes d’infrastructure rendent les investissements moins attractifs.
Le décret du 30 décembre 2022 qui organise le FDSU prévoit précisément parmi ses ressources un prélèvement de 3 % du chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunications et des technologies de l’information et de la communication. Le Fonds peut également recevoir des dotations et subventions publiques, des dons ou recourir à l’emprunt. Sa mission légale comprend le financement des projets de service universel et l’extension des télécommunications vers les communautés rurales et défavorisées.
De 40 sites pilotes à 300, puis 3 000 localités
La première opération reste limitée par rapport aux ambitions affichées. Après les 40 localités initiales, le FDSU prévoit une seconde échelle de 300 sites ou localités, susceptible de toucher environ 1,8 million de personnes actuellement non desservies. L’objectif annoncé pour 2030 est de parvenir à 3 000 localités et environ 16 millions d’habitants, auxquels doivent s’ajouter 100 centres numériques communautaires.
Le modèle prévu pour cette montée en puissance diffère toutefois de celui des premiers sites. Dans sa Stratégie nationale pour la connectivité universelle 2026-2035, le FDSU privilégie une architecture dite TowerCo Lead. Les sociétés spécialisées dans les tours devraient financer et construire les infrastructures passives, notamment les pylônes, l’énergie et les liaisons de transmission. Les opérateurs mobiles installeraient leurs équipements actifs et commercialiseraient les services, tandis que le FDSU organiserait les subventions et le suivi des performances.
Le territoire doit être réparti en cinq zones opérationnelles avec un mécanisme de péréquation. Les sites présentant une rentabilité supérieure pourraient ainsi contribuer à compenser une partie des coûts des zones déficitaires. L’objectif est de réduire progressivement le besoin de subvention et d’éviter qu’une infrastructure rurale ne dépende durablement du seul financement public.
Le coût et l’usage réel détermineront l’efficacité du programme
Les conventions signées avec les quatre opérateurs n’indiquent pas publiquement, à ce stade, le montant total des subventions. Il faudra donc rapprocher ultérieurement le financement effectivement engagé du nombre de sites construits et des populations réellement desservies pour mesurer le coût de cette première opération.
La couverture technique ne suffira pas non plus à établir le succès du programme. Le FDSU avait déjà identifié avec la GSMA et la Banque mondiale un écart entre l’existence d’un réseau et son utilisation effective. Dans les zones rurales, le prix des services, l’accès aux téléphones compatibles et surtout la disponibilité de l’électricité peuvent limiter l’usage même lorsqu’une antenne est installée.
Les 40 premiers sites constituent donc un test financier autant que technique. Leur mise en service permettra d’observer le coût réel du modèle Full CAPEX, la qualité et la disponibilité des réseaux, le nombre d’utilisateurs actifs et la capacité des opérateurs à maintenir les services lorsque la subvention initiale aura été consommée. Ces résultats seront déterminants avant le passage aux 300 sites, puis à l’objectif beaucoup plus large de 3 000 localités.
— J. KAKESA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.