Le Gouvernement congolais veut resserrer le contrôle des importations de produits pétroliers après de nouvelles alertes sur des pratiques frauduleuses particulièrement signalées dans les zones Sud et Est. Une réunion présidée le 10 août 2026 par la ministre d’État aux Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a réuni douanes, contrôle, marquage et administrations concernées pour examiner les mécanismes utilisés et les réponses à mettre en place.
La rencontre organisée à Kinshasa intervient après plusieurs mois d’alertes sur les écarts entre les quantités de carburants importées, les volumes déclarés et les recettes effectivement mobilisées. Autour de la ministre figuraient notamment des représentants des ministères de l’Économie nationale, des Finances et des Mines, ainsi que de la Direction générale des douanes et accises, du Fonds national d’entretien routier, du dispositif de marquage moléculaire MAMO et de l’Office congolais de contrôle. Les divisions provinciales des Hydrocarbures du Haut-Katanga et du Lualaba ont également participé aux échanges.
L’intérêt économique de cette réunion tient surtout aux méthodes de fraude déjà identifiées par les services publics. Une correspondance du ministère de l’Économie nationale datée du 20 juillet 2026, fondée sur les travaux de la Task Force DGDA-Économie nationale, faisait état d’une reprise des anomalies dans les zones Sud et Est au cours des mois de mai et juin. Le document signalait notamment une réutilisation des mêmes bons de sortie pour plusieurs cargaisons ou destinataires ainsi que le recyclage d’anciennes déclarations douanières IM4 dans de nouvelles opérations.
Ces pratiques peuvent permettre à des volumes de carburant d’échapper à une nouvelle déclaration ou compliquer leur rapprochement avec les droits et taxes effectivement payés. Le même document relevait une anomalie dans la destination déclarée du gasoil. Les volumes affectés au marché domestique apparaissaient supérieurs à ceux destinés aux sociétés minières, alors que la structure habituellement retenue par l’administration serait d’environ 20 % pour la consommation domestique et 80 % pour les activités minières dans les zones concernées.
Bons de sortie, déclarations IM4 et traçabilité des cargaisons
La réponse envisagée repose notamment sur des contrôles mixtes associant les brigades des Hydrocarbures, la DGDA et le marquage moléculaire. Les autorités veulent également renforcer le suivi physique des produits depuis leur déclaration en douane jusqu’à leur livraison effective afin de rapprocher les documents, les volumes importés et les destinataires finaux.
Le problème n’est pas nouveau. Dès janvier 2026, Acacia Bandubola avait alerté la DGDA sur ce qu’elle présentait comme une fraude douanière organisée dans les importations de produits pétroliers par la zone Sud. Selon les éléments de cette correspondance rapportés par plusieurs médias, près de 2 millions de mètres cubes auraient été importés par cette voie en 2025, alors qu’environ la moitié seulement aurait été régulièrement dédouanée. Le manque à gagner avait alors été évalué par le ministère à près de 800 millions USD. Ce montant correspond à une estimation attribuée au ministère des Hydrocarbures et non à un redressement fiscal définitivement établi.
La question avait également atteint l’Assemblée nationale en février. Le député Éric Tshikuma Mwimbayi avait adressé une question écrite au directeur général de la DGDA afin d’obtenir des données chiffrées sur la fraude pétrolière dans le Haut-Katanga, les recettes mobilisées et les mesures prises par l’administration douanière.
Pour les finances publiques, le contrôle de ces flux concerne plusieurs prélèvements à la fois. Une cargaison échappant au circuit régulier peut affecter les droits de douane, la TVA, les recettes liées au FONER et d’autres prélèvements associés à l’importation et à la mise à la consommation. La lutte contre la fraude dépend donc moins de contrôles ponctuels que de la capacité des administrations à rapprocher automatiquement les données douanières, les bons de sortie, le marquage des produits et les quantités réellement livrées. Les pistes avancées comprennent justement l’interconnexion des bases de données, l’automatisation des échanges d’informations et le recours à des outils de contrôle volumétrique.
La réunion du 10 août devra désormais être suivie par des mesures vérifiables sur le terrain. Le résultat pourra notamment être apprécié à travers l’évolution des volumes régulièrement déclarés dans le Sud et l’Est, les recettes pétrolières effectivement encaissées et la capacité des services à empêcher qu’un même document douanier couvre plusieurs cargaisons.
— J. KAKESA









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