Cuivre congolais : la chaîne de valeur dépasse le partage Chine-Inde-Tanzanie

La formule selon laquelle « les Chinois extraient, les Indiens transforment et les Tanzaniens transportent » décrit certaines présences étrangères dans la chaîne minière congolaise, mais elle ne résiste pas entièrement aux données disponibles. Des groupes à capitaux chinois extraient et transforment déjà du cuivre en RDC, des industriels liés à l’Inde interviennent dans la métallurgie, tandis que la Tanzanie fournit surtout une infrastructure de transit dont la RDC est devenue le premier utilisateur.

La Rédaction

La formule selon laquelle « les Chinois extraient, les Indiens transforment et les Tanzaniens transportent » décrit certaines présences étrangères dans la chaîne minière congolaise, mais elle ne résiste pas entièrement aux données disponibles. Des groupes à capitaux chinois extraient et transforment déjà du cuivre en RDC, des industriels liés à l’Inde interviennent dans la métallurgie, tandis que la Tanzanie fournit surtout une infrastructure de transit dont la RDC est devenue le premier utilisateur.

La présence chinoise dans l’industrie congolaise du cuivre et du cobalt est solidement documentée. CMOC détient 80 % de Tenke Fungurume Mining et 71,25 % de Kisanfu Mining. Mais réduire son activité à l’extraction serait inexact. Le groupe indique lui-même intervenir sur l’ensemble des opérations allant de l’exploration et de l’extraction au traitement et à la commercialisation du cuivre et du cobalt. Ses deux actifs congolais disposent donc d’installations industrielles qui transforment le minerai avant sa sortie du pays.

Le même constat vaut pour Kinsevere, dans le Haut-Katanga. MMG exploite cette mine de cuivre et cobalt à une trentaine de kilomètres de Lubumbashi. Le site utilise notamment des procédés SX-EW et traite le minerai jusqu’à la production de cathodes de cuivre, un produit raffiné directement commercialisable. Kinsevere a encore produit 14 794 tonnes de cathodes au troisième trimestre 2025, selon MMG. Le groupe est lui-même lié à China Minmetals Corporation, son principal actionnaire.

Ces exemples montrent que les capitaux chinois ne sont pas cantonnés au premier maillon de la chaîne. Une partie de la transformation métallurgique est déjà réalisée sur le territoire congolais avant l’exportation.

Les capitaux indiens sont présents, sans contrôler toute la transformation

L’industrie liée à l’Inde est également visible dans le Haut-Katanga. Rubamin SARL se présente comme appartenant à un consortium multinational indien actif en RDC depuis plus d’une décennie. L’entreprise produit notamment du cuivre blister, obtenu après fusion et représentant une étape intermédiaire de transformation métallurgique.

Ce cas confirme l’existence d’investissements indiens dans la transformation du cuivre congolais. Il ne permet cependant pas d’étendre cette observation à toute la filière. Les activités de CMOC et de MMG montrent précisément que d’autres groupes transforment eux aussi le minerai localement.

La distinction est importante pour mesurer la valeur réellement créée en RDC. Extraction, concentration, fusion, production de cathodes et raffinage final correspondent à des étapes différentes. Deux entreprises peuvent donc être présentes dans la « transformation » tout en intervenant à des niveaux industriels très différents.

La nationalité d’un acteur nécessite également une définition précise. Elle peut renvoyer au pays d’immatriculation de l’entreprise opératrice, à son siège, à son actionnaire de contrôle ou au bénéficiaire économique ultime. Dans les grands projets miniers congolais, les structures de propriété comportent en outre fréquemment des participations locales. À TFM, par exemple, les 80 % détenus par CMOC coexistent avec une participation congolaise.

Près de 6 millions de tonnes de fret vers la RDC via Dar es Salaam

La proposition selon laquelle « les Tanzaniens transportent » doit être lue avec la même prudence. Le Corridor central est bien un réseau multimodal reliant les pays membres à l’océan Indien par le port de Dar es Salaam. Il dessert notamment l’Est de la RDC par des combinaisons de routes, voies ferrées et transport lacustre.

Son poids pour le commerce congolais est considérable. L’Agence de facilitation du transport de transit du Corridor central indiquait en mai 2026 que près de 6 millions de tonnes de marchandises destinées à la RDC avaient transité par le port de Dar es Salaam durant l’exercice 2024-2025. Ce volume représentait près de 60 % du trafic de transit traité par le port, faisant de la RDC le premier marché du corridor.

La Tanzania Ports Authority confirme de son côté que Dar es Salaam dessert la RDC parmi plusieurs économies enclavées de la région. (Ports Tanzanie) Mais utiliser une infrastructure tanzanienne ne signifie pas que le transporteur d’une cargaison est lui-même tanzanien. Un même lot peut successivement faire intervenir une entreprise congolaise, un transporteur routier étranger, un opérateur ferroviaire, un manutentionnaire portuaire puis une compagnie maritime internationale. Pour reconstituer réellement la chaîne d’un métal congolais, il faut donc suivre une cargaison depuis l’actionnariat de la mine jusqu’à son acheteur final, en passant par le produit vendu, l’usine de traitement, les contrats commerciaux, les déclarations douanières, les transporteurs successifs, le port d’embarquement et la destination industrielle.

Les données vérifiées dessinent ainsi une économie plus imbriquée que le triptyque Chine-Inde-Tanzanie. Des capitaux chinois interviennent à la fois dans l’extraction et la transformation, des investisseurs indiens occupent certains segments métallurgiques et la Tanzanie fournit une voie logistique essentielle. La véritable question économique pour la RDC reste celle de la part de valeur, de revenus et de contrôle qui demeure dans le pays à chacune de ces étapes.

— M. KOSI

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