La RDC n’agit plus seulement comme premier fournisseur mondial de cobalt. En limitant les volumes exportés, elle est désormais capable d’influencer directement l’offre et les prix internationaux, estime S&P Global dans une analyse publiée le 18 août. Les cours ont progressé d’environ 150 % après l’annonce des contrôles. Mais 95 % du cobalt congolais reste encore destiné à la Chine, révélant la limite de ce nouveau pouvoir de marché.
S&P Global place la politique congolaise du cobalt parmi les exemples les plus visibles du passage de certains pays producteurs africains d’un rôle de simples fournisseurs à celui d’acteurs capables de peser sur le marché. L’Afrique fournit aujourd’hui 76 % du cobalt extrait dans le monde, une domination largement portée par la RDC. En contrôlant les quantités quittant son territoire, Kinshasa peut donc modifier rapidement les disponibilités mondiales.
Cette capacité a été testée à partir de février 2025 avec la suspension des exportations, remplacée ensuite par un système de quotas. Pour 2026, l’ARECOMS autorise 96 600 tonnes d’exportations, dont 87 000 tonnes au titre du quota de base et 9 600 tonnes relevant du quota stratégique.
S&P estime que les prix du cobalt ont augmenté d’environ 150 % après l’annonce des contrôles et considère que la RDC dispose désormais d’un levier direct sur l’offre et les cours. Cette évolution ne signifie toutefois pas que Kinshasa fixe seule le prix mondial. Elle montre plutôt que le poids de la production congolaise est suffisamment important pour qu’une réduction volontaire des exportations modifie l’équilibre entre offre et demande.
Influencer le prix ne signifie pas encore contrôler la chaîne de valeur
Le paradoxe apparaît dans les flux commerciaux. Selon S&P Global, 95 % du cobalt congolais est encore exporté vers la Chine, où se concentre une grande partie des capacités mondiales de raffinage et de transformation. La RDC peut donc restreindre l’offre en amont tout en restant fortement dépendante d’un débouché industriel extérieur pour transformer son minerai.
C’est précisément cette dépendance que les nouveaux accords avec les États-Unis cherchent à réduire. En mai, EGC, Trafigura et EVelution Energy ont signé un protocole prévoyant une chaîne d’approvisionnement directe entre la RDC et les États-Unis. Sous réserve d’accords définitifs, le cobalt congolais doit être transformé dans une future usine en Arizona pouvant couvrir jusqu’à environ 40 % de la demande américaine projetée.
Pour l’instant, il s’agit toutefois d’un projet et non d’un basculement déjà observable des exportations. La construction de l’usine américaine n’est attendue qu’à partir de 2027, avec une mise en service ciblée vers fin 2029. La Chine conserve donc un avantage considérable dans les capacités industrielles déjà opérationnelles.
La politique de restriction comporte aussi un risque. S&P avait déjà averti que des prix durablement élevés pouvaient encourager les fabricants à réduire leur consommation de cobalt, accélérer le recyclage ou favoriser des technologies de batteries utilisant moins, voire pas de cobalt. L’augmentation de la production indonésienne constitue également une réponse potentielle à la domination congolaise.
La RDC a donc démontré qu’elle pouvait influencer le prix mondial du cobalt. Le prochain niveau de souveraineté sera plus difficile à atteindre. Il consistera à convertir ce pouvoir sur les volumes en capacités locales de raffinage, en diversification des acheteurs et en revenus supplémentaires effectivement captés dans le pays.
Le véritable test ne sera donc pas seulement de savoir jusqu’où Kinshasa peut faire monter le cobalt, mais quelle part de la valeur supplémentaire créée par cette rareté restera finalement en RDC.
J. KAKESA









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