La compétition occidentale pour sécuriser cuivre, cobalt, lithium et terres rares change d’échelle. Washington a annoncé environ 40 milliards USD de financements provisoires pour des projets miniers depuis 2022, contre quelque 6 milliards d’euros engagés cette année par l’Union européenne et ses États membres. La RDC figure directement parmi les pays où les États-Unis cherchent à positionner leurs entreprises.
Le rapport de force décrit par le Financial Times ne se résume pas à une différence de montants. Les États-Unis utilisent simultanément prêts publics, prises de participation, garanties, contrats d’achat et diplomatie commerciale pour accélérer l’accès aux minerais critiques. Le journal rapporte que Washington a également soutenu des entreprises américaines dans des appels d’offres miniers, notamment en RDC et au Kenya.
Les 40 milliards USD et les 6 milliards d’euros ne sont toutefois pas parfaitement comparables. Le premier chiffre cumule des financements provisoires américains annoncés depuis 2022, alors que le second correspond aux engagements européens recensés pour 2026. Tous les financements américains ne concernent pas non plus l’Afrique ou la RDC. L’écart reste néanmoins révélateur de la vitesse et de la puissance financière utilisées par Washington.
Cette stratégie américaine est visible dans plusieurs instruments. En février, l’Export-Import Bank des États-Unis a par exemple approuvé jusqu’à 10 milliards USD pour Project Vault, une réserve américaine de minerais critiques destinée à sécuriser l’approvisionnement industriel. De son côté, la DFC dispose désormais d’une capacité d’investissement globale de 205 milliards USD et peut intervenir en dette, en capital ou en assurance sur des projets de minerais critiques à l’étranger.
En RDC, Washington commence déjà à placer ses instruments financiers
La RDC constitue l’un des terrains les plus visibles de cette stratégie. La DFC a déjà signé une lettre d’intérêt pour une prise de participation envisagée dans la coentreprise entre Gécamines et Mercuria, destinée à commercialiser du cuivre, du cobalt et d’autres minerais critiques. Une deuxième lettre porte sur le financement potentiel de la réhabilitation et de l’exploitation de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania, essentielle à l’extension congolaise du Corridor de Lobito.
L’Europe n’est pourtant pas absente. Bruxelles et Kinshasa disposent depuis 2023 d’un partenariat stratégique sur les chaînes de valeur des matières premières critiques. L’UE participe également au développement du Corridor de Lobito et soutient des programmes de traçabilité, de transformation locale et de gouvernance minière.
Mais l’approche européenne reste davantage structurée autour de la réglementation, de la sélection de projets et de la mobilisation progressive de financements. Contrairement au chiffre de 75 projets parfois avancé, la Commission européenne avait officiellement sélectionné 60 projets stratégiques en 2025, dont 47 dans l’Union et 13 hors UE. Une deuxième procédure a reçu 161 candidatures en 2026, dont 75 projets liés à la chaîne de valeur des batteries, mais tous n’étaient pas encore sélectionnés au moment de l’annonce officielle.
Pour Kinshasa, la concurrence peut devenir un levier
La question pour la RDC n’est donc pas nécessairement de choisir entre Washington et Bruxelles. Elle est de savoir quel partenaire apportera réellement le financement, les infrastructures, les acheteurs et les capacités de transformation nécessaires aux futurs projets.
L’Europe dispose déjà de liens industriels concrets, comme le partenariat entre STL et Umicore sur le germanium produit à Lubumbashi. Les États-Unis accélèrent parallèlement sur les actifs, le financement et les corridors. Pékin conserve, lui, une position dominante dans plusieurs grandes mines congolaises et dans le raffinage mondial.
Pour Kinshasa, cette concurrence offre une marge de négociation à condition de ne pas échanger l’accès aux ressources contre de simples annonces. La valeur pour la RDC se mesurera aux capitaux effectivement décaissés, aux usines construites sur son territoire, aux infrastructures financées et à la part de transformation conservée localement.
Noella NGOLA









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