RDC : l’Eurobond de 1,25 milliard USD face au test de l’exécution publique

La RDC a levé 1,25 milliard USD sur les marchés internationaux, mais n’avait encore orienté que 137,894 millions USD vers des projets au 7 août, soit environ 11 % de l’émission selon un calcul de Lepoint.cd. Ce démarrage intervient alors que plus de 8,3 milliards USD de financements extérieurs déjà engagés avec les partenaires restent à décaisser, révélant une question plus profonde que l’accès au capital, celle de la capacité de l’État à exécuter rapidement les investissements publics.

La Rédaction

La RDC a levé 1,25 milliard USD sur les marchés internationaux, mais n’avait encore orienté que 137,894 millions USD vers des projets au 7 août, soit environ 11 % de l’émission selon un calcul de Lepoint.cd. Ce démarrage intervient alors que plus de 8,3 milliards USD de financements extérieurs déjà engagés avec les partenaires restent à décaisser, révélant une question plus profonde que l’accès au capital, celle de la capacité de l’État à exécuter rapidement les investissements publics.

Le rapprochement entre les deux chiffres est saisissant, mais il doit être manié avec précaution. Les 8,3 milliards USD identifiés par l’Inspection générale des finances ne constituent pas une trésorerie déjà versée à l’État et laissée sur ses comptes. Ils correspondent à la partie encore non décaissée d’un portefeuille de projets financés par les partenaires techniques et financiers supérieur à 10,7 milliards USD, dont seulement 24,3 % avaient été décaissés. Dans ce type de financement, les ressources sont généralement libérées à mesure que les conditions contractuelles, les marchés et les étapes d’exécution sont remplis.

L’Eurobond obéit à une logique différente. Le 9 avril 2026, la RDC a effectivement emprunté 1,25 milliard USD auprès d’investisseurs internationaux. L’émission comprend 600 millions USD arrivant à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 %, et 650 millions USD à échéance 2037 avec un rendement de 9,50 %. Les fonds doivent financer des investissements prioritaires dans les infrastructures, l’énergie et les secteurs sociaux. Reuters relevait lors de l’opération que le financement concessionnel représentait encore 97 % de la dette extérieure congolaise, ce qui montre à quel point cette entrée sur les marchés modifie le profil de financement du pays.

L’Eurobond ne supprime pas le problème d’absorption

C’est ici que les 8,3 milliards USD non décaissés deviennent un indicateur utile pour analyser l’Eurobond. Le financement obligataire permet à l’État d’obtenir immédiatement des ressources sans attendre les cycles de décaissement d’une Banque mondiale, d’une BAD ou d’un autre bailleur. Mais il ne résout pas automatiquement les difficultés situées en aval, notamment la maturité technique des projets, la passation des marchés, la coordination administrative, la préparation contractuelle et la capacité des agences d’exécution.

Le Fonds monétaire international avait déjà diagnostiqué des faiblesses sur l’ensemble du cycle de gestion de l’investissement public congolais. Son évaluation PIMA publiée en 2023 concluait que l’augmentation des investissements ne suffirait pas sans amélioration de leur gestion, tandis que les autorités avaient ensuite engagé des réformes sur le suivi des projets financés sur ressources extérieures et la standardisation des informations relatives à leur exécution physique et financière.

Les premiers mois de l’Eurobond donnent désormais un test concret. Au 7 août 2026, le ministère des Finances déclarait avoir décaissé 137,894 millions USD, dont 48,035 millions pour Grand Katende et son réseau de transport et de distribution d’électricité, et 89,859 millions pour les aéroports de N’djili et Luano. Cela représente environ 11 % des 1,25 milliard USD levés, selon un calcul de Lepoint.cd. Autrement dit, sur la base de ce point d’exécution, un peu plus de 1,11 milliard USD n’avait pas encore été orienté vers ces décaissements de projets.

Le Gouvernement annonce toutefois une accélération. Plus de 200 millions USD supplémentaires doivent être dirigés vers la RN4 Kisangani-Beni et la Rocade Nord-Est de Kinshasa, tandis qu’au moins 300 millions USD additionnels sont prévus avant la fin de 2026 pour N’djili et Grand Katende. Si ces annonces se matérialisent sans chevauchement entre les enveloppes, le cumul dépasserait 637,9 millions USD, soit un peu plus de 51 % de l’émission, selon un calcul de Lepoint.cd.

Une dette de marché rend le coût du retard plus visible

La différence avec les financements des partenaires est financièrement importante. Lorsqu’un prêt-projet n’est pas encore décaissé, l’intégralité de son montant n’a généralement pas encore rejoint la trésorerie publique. L’Eurobond, lui, a été levé sur le marché dès avril. La dette existe donc indépendamment du rythme auquel les chantiers absorbent ensuite les fonds.

Le ministère des Finances indique que les montants non encore affectés sont placés sur des comptes bancaires rémunérés afin que les produits financiers contribuent à réduire le coût des coupons. Cette rémunération peut atténuer le coût de portage, mais son efficacité dépend du rendement effectivement obtenu sur ces dépôts par rapport au coût de la dette contractée. Aucun taux de rémunération de ces comptes n’a été rendu public dans les éléments consultés.

L’existence de 8,3 milliards USD de financements extérieurs encore non décaissés ne démontre donc pas que l’Eurobond était inutile. Les deux instruments n’ont ni les mêmes conditions, ni les mêmes procédures, ni nécessairement les mêmes projets. Elle révèle cependant une vulnérabilité commune. La RDC semble aujourd’hui plus capable de mobiliser des capitaux que de les transformer rapidement en infrastructures achevées.

C’est précisément cette faiblesse que Félix Tshisekedi a demandé au Gouvernement de corriger en exigeant un plan de redressement, des fonds de contrepartie disponibles et un tableau de bord de suivi projet par projet. Pour l’Eurobond, le véritable indicateur de réussite ne sera donc ni les 1,25 milliard USD levés ni même le rythme des décaissements pris isolément, mais la capacité à convertir cette dette rémunérée en routes, énergie et infrastructures opérationnelles avant que les retards n’en réduisent le rendement économique.

M. KOSI

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